L’homéopathie ou homœopathie (du grec όμοιος /
hómoios, « similaire » et πάθος / páthos, « souffrance ») est une méthode
thérapeutique basée sur le soin par les semblables. Selon cette hypothèse
expérimentale, la détermination des symptômes provoqués chez le sujet sain
par une substance quelconque (végétales, minérales et animales, naturelle ou
artificielle) permet de soigner un sujet malade qui présente un ensemble de
symptômes semblable . La présentation galénique de cette substance se fait
de plusieurs manières : soit sous forme liquide, de la teinture-mère à
diverses solutions obtenues par des opérations de dilution et de «
succussion » (la « dynamisation »), soit sous forme solide, les granules,
qui ont été imbibés des préparations précédentes.
L'homéopathie s'oppose à l'allopathie désignant un traitement médicamenteux
qui ne s'appuie pas sur la similitude lors du choix thérapeutique.
L'adjectif correspondant est homéopathique. La personne appliquant cette
méthode est un homéopathe. On note que "homéopathique" désigne souvent, dans
le langage courant, par un glissement sémantique, une dose minime d'un
produit, alors que la spécificité de l'homéopathie tient dans la similitude.
Les bases de l'homéopathie ont été posées en 1796 par le médecin saxon
Samuel Hahnemann (1755-1843) et s'organisent en un principe et deux
corollaires :
• le principe de « similitude » : la cure d'un ensemble de symptômes (un
syndrome) est apporté par une substance qui provoque des signes semblables
chez un sujet sain, selon le principe similia similibus curantur (en latin «
les semblables sont soignés par les plus semblables »).
• l'« adaptation » du traitement au patient en est le premier corollaire :
l'application du principe de similitude, puis sa vérification, ont lieu
chaque fois que la recherche du remède le plus semblable a été effectuée de
manière consciencieuse par le praticien : chaque traitement est personnalisé
à chaque patient, quel que soit le nom de la maladie, la recherche de la
"totalité" des symptômes présentés par le patient étant au centre de la
méthode. Elle explique la longueur du dialogue entre le médecin et le
patient.
L'étape d'observation des symptômes provoqués par cette substance chez
l'individu sain, qui précède toujours l'application du principe de
similitude, et sa retranscription correspond à l'établissement d'une
pathogénésie.
• la « dynamisation » en est le second corollaire expérimental : le principe
actif subit des dilutions répétées, associée à la « succussion » : la
préparation est secouée à chaque dilution ; Le mot « dynamisation »
rassemble en un seul terme les deux opérations de dilution et de succussion.
L'efficacité thérapeutique de l'homéopathie est débattue. Pour ses
partisans, son efficacité est largement démontrée lorsque la similitude est
respectée, par les effets ressentis par les patients et les études cliniques
respectant l'individualisation. Pour ses opposants, aucune étude clinique
classique - c'est à dire utilisant une substance réputée agir dans tel ou
tel cas, mais sans recherche de la similitude - n'a réussi à établir un
effet thérapeutique de l'homéopathie significativement supérieur à celui
d'un placebo. Certains opposants remettent aussi en cause la fiabilité des
études qui concluent de façon positive, reproche qui est également fait par
les tenants de l'homéopathie aux études qui concluent négativement.
L'Académie de médecine dénonce une «
méthode obsolète », figée depuis plus de deux cents ans et incapable de
faire la preuve de son efficacité.
Les procédés utilisés en homéopathie sont aussi sujets à controverses, en
particulier l'utilisation des dilutions extrêmes. Pour de nombreux
scientifiques, aucun processus physique, chimique ou biologique connu ne
permet d'expliquer le mode d'action éventuel de l'homéopathie (au delà de
l'effet placebo). Certains scientifiques classent ainsi l'homéopathie dans
les pseudo-sciences. Pour d'autres, des approches des fondements de
l'homéopathie peuvent être fournies par des études expérimentales qui ont
donné lieu à la formulation d'hypothèses comme celle de la mémoire de l'eau,
ou plus généralement par l'observation d'effets physico-chimique de la
dynamisation.
o
Histoire de l'homéopathie
Racines historiques
Hippocrate (460-377 av. JC), père de la médecine, enseignait qu'il y a deux
manières de soigner : par les contraires et par les semblables. Il soignait
le choléra par de très faibles doses d'hellébore, plante qui, à fortes doses
provoque une diarrhée semblable à celle du choléra.
Paracelse (1493-1541) employait également ces deux sortes de traitements.
Formulation de l'homéopathie par Samuel Hahnemann
Le principe de similitude a été retrouvé et approfondi par le médecin saxon
Samuel Hahnemann (1755-1843). C'est à partir de ce principe qu'il a proposé
une méthode de soin révolutionnaire pour l'époque qu'il a nommée
homéopathie. Il en a publié les bases en 1796 dans le journal de Hufeland
par son Essai sur un nouveau principe pour découvrir les vertus curatives
des substances médicinales [1], suivi en 1810 par la première édition de son
traité de médecine homéopathique, l'Organon de l'art de guérir[2]. Hahnemann
considérait la médecine classique de son époque comme basée sur le principe
du « soin par les contraires » et la qualifia donc d'allopathie. Cette
dénomination a perduré et a été appliquée à la médecine classique
occidentale par ses successeurs.
Après avoir soutenu sa thèse de médecine et avoir exercé quelques années,
fort déçu de la thérapeutique de son époque, Hahnemann abandonna
momentanément sa pratique pour traduire de nombreux auteurs qui l'avaient
précédés. Lors de la lecture du Traité de matière médicale de William Cullen
(1710-1790), il s'aperçut que les symptômes dus à l'action du quinquina
(china) tels qu'ils étaient décrits ressemblaient fort à ceux de la fièvre
tierce dont il avait souffert quelque temps auparavant et qu'il avait
soigné, ainsi que l'Académie le recommandait, avec quelques gouttes de
teinture de quinquina.
Il eût alors l'idée de vérifier les assertions de Cullen en prenant, ainsi
qu'il le dit lui-même, quatre gros de quinquina. Apparurent alors ces
symptômes décrits par Cullen.
Il se demanda si cette étrange coïncidence était fortuite, et expérimenta
dans ce sens pendant six ans, avant de formuler son Principe de Similitude.
Hahnemann et ses disciples expérimentèrent ainsi plus de 1 200 substances.
Pour Olivier Faure, professeur d'histoire contemporaine à l'Université
Jean-Moulin - Lyon III, France), et spécialiste de l'histoire de la
médecine, la popularité de l'homéopathie à ses débuts est liée à ses aspects
spirituels, voire religieux, qui la rendaient acceptable pour divers
courants anti-matérialistes de l'époque. Certains catholiques voyaient dans
le concept de force vitale mis en avant par Hahnemann une intervention de la
main divine. Certains disciples de Saint-Simon pensaient que l'homéopathie
allait dans le sens d'une réconciliation entre la foi et la science.
Hahnemann lui-même parlait d'« art divin » pour désigner l'homéopathie. Il
pensait être l'agent de la révélation par Dieu de principes fondamentaux de
la nature.
L'homéopathie s'organisait d'ailleurs à ses débuts comme une église dont
l'Organon[2] constituait une sorte de livre saint. Certains n'hésitaient pas
à organiser des pèlerinages dans le village de naissance d'Hahnemann. Ce
dernier exigeait de ses patients une totale foi dans l'homéopathie et leur
imposait la lecture de l'Organon [3].
Notons que les molécules n'étaient à l'époque qu'une hypothèse, et on
commença à pouvoir les dénombrer dans un volume donné qu'à partir de la loi
d'Avogadro qui date de 1811. Lorsque Hahnemann a mis en place la dilution,
destinée à atténuer les effets des substances (puisqu'elles produisent des
effets néfaste), il n'avait donc pas connaissance des travaux d'Amedeo
Avogadro (la diffusion du savoir était lente, et les travaux sur les
solution aqueuses ne vinrent qu'après)..
Diffusion dans le monde
En 1830, le comte Sebastien des Guidi (1769-1863), d'origine italienne,
introduisit l'homéopathie à Lyon (France), peu de temps avant l'installation
d'Hahnemann à Paris en 1835. L'homéopathie est rapidement confrontée à des
problèmes liés à la fabrication des médicaments homéopathiques. Depuis 1803,
seuls les pharmaciens pouvaient vendre des médicaments. Beaucoup d'entre eux
étaient hostiles à l'homéopathie ou peu enclins à réaliser les opérations
assez longues de dilution et de succussion nécessaires à la réalisation des
préparations homéopathiques. En conséquence, les médecins homéopathes
français fabriquaient eux-mêmes leurs médicaments, dans la plus totale
illégalité.
L'homéopathie fut introduite en Amérique par Constantin Hering (1800-1880),
médecin assistant du Dr Robbi, chirurgien réputé de Leipzig. Ce dernier,
hostile à l'homéopathie, demanda à Constantin Hering d'écrire un livre dans
lequel il démontrerait le ridicule et l'inanité des théories de Samuel
Hahnemann. Or Hering, avant d'avoir une opinion sur la doctrine
hahnemannienne, voulut l'étudier à fond. Il entreprit donc la lecture de
tout ce qu'avait publié son créateur, et, il ne tarda pas à y prendre le
plus grand intérêt. Enfin, avec la conscience et le sérieux qu'il mettait à
tout ce qu'il faisait, il essaya l'action de certains remèdes sur lui-même,
cela, en suivant la méthode de Samuel Hahnemann, et les résultats qu'il
obtint achevèrent de le convaincre. Il s'installa aux USA en 1833. Il
découvrit plusieurs médicaments homéopathiques importants.
James Tyler Kent (1849-1916) fut un célèbre médecin homéopathe américain. Il
créa un répertoire permettant de valoriser plusieurs remèdes selon chaque
symptôme recueilli lors de l'interrogatoire. La recherche répertoriale
consista alors à déterminer la substance qui a la plus grande probabilité de
couvrir la totalité des symptômes. C'est dans cet esprit qu'ont été conçus
divers répertoires numériques utilisant les capacités calculatoires de
l'informatique.
Après Hahnemann
Malgré un certain succès initial, l'homéopathie perdit beaucoup d'influence
en France après la mort d'Hahnemann en 1843, alors qu'aux États-Unis, les
personnalités d'Eugène Beauharnais Nash et de James Tyler Kent maintinrent
sa notoriété jusqu'à la première guerre mondiale. En France, le renouveau
fut incarné par Léon Vannier (1880-1963), médecin angevin, qui permit à
l'homéopathie de sortir de la clandestinité induite par les difficultés de
fabrication des remèdes. En 1911, il ouvrit avec René Baudry (1880-1966) à
Paris une importante pharmacie homéopathique. Il fondit en 1926 les
laboratoires homéopathiques de France, mettant ainsi fin aux difficultés
d'approvisionnement en médicaments homéopathiques. Ce fut le point de départ
de l'apparition des laboratoires tel Dolisos, Lehning, Boiron en France,
Schwabe en Allemagne, Nelson en Grande-Bretagne, USM aux États-Unis…
En France, les frères jumeaux Boiron, après avoir travaillé avec René
Baudry, créèrent chacun leurs propres pharmacies. En 1967, la fusion de
celles-ci avec les laboratoires centraux homéopathiques de France de René
Baudry donnera naissance au Laboratoires Boiron.
Les laboratoires, plus productifs que les pharmacies permirent la
standardisation de la production et par la même le développement de
l'homéopathie.
L'histoire récente de l'homéopathie est marquée à la fois par une
utilisation relativement répandue et par d'importantes controverses
scientifiques. Au regard de la médecine classique, l'homéopathie est
considérée comme une médecine alternative. L'OMS la considère comme une
médecine traditionnelle ou comme une médecine complémentaire et parallèle,
selon le type de médecine dominant dans le pays considéré.
Principes de l'homéopathie
L'homéopathie est construite sur un principe et ses corollaires formulés
ensemble par Hahnemann à la fin du XVIIIe siècle.
Principe de similitude
L'homéopathie repose sur le principe de similitude formalisé par Hahnemann
après l'observation de l'effet de la quinine : le paludisme s'accompagne de
fièvre et la quinine à forte dose provoque une intoxication également
accompagnée de fièvre, Hahnemann a supposé que celle-ci activait un
mécanisme de défense contre la fièvre, quelle qu'en fût la cause.
C'est lors de la généralisation de sa théorie à d'autres maladies, que les
effets néfastes provoqués l'ont contraint à baisser les doses en pratiquant
des dilutions. À son grand regret, la dilution classique, si elle diminuait
les effets toxiques, effaçait également les effets pharmacologiques. Il
découvrit alors la méthode de la dynamisation, qui, de manière surprenante
selon ses propres dires, conservait et modifiait les effets pharmacologiques
de la substance.
En ce sens, si la pommade à l'arnica agit dans de nombreux cas de
traumatismes, c'est simplement parce qu'elle est « homéopathique » du
syndrome « traumatisme ».
Adaptation du soin au patient
Ce corollaire découle du principe de similitude, énonce qu'il n'y a pas de
soin universel d'une maladie, d'un symptôme, et qu'il faut adapter le soin
en fonction du patient. Il s'agit là de ce qui est couramment nommé «
individualisation ».
L'homéopathe analyse les symptômes spécifiques présentés par le patient dans
sa globalité et non pas seulement les symptômes classiques de sa maladie.
Une pratique ne reposant pas sur cette analyse des symptômes spécifiques du
patient n'est pas en droit de se réclamer de l'homéopathie au sens de
Hahnemann.
De ce fait, la plupart des spécialités dites homéopathiques, dont les deux
plus connues (un produit antigrippal et un sédatif), les mélanges de
substances diluées, ne sont pas utilisées dans un cadre homéopathique.
On notera à ce propos que les substances vendues en vente libre pour des
traitements symptomatiques ne respectent pas cette individualisation,
puisqu'elles sont présentées comme pouvant traiter le symptôme quelque soit
la personne.
La dynamisation (dilution associée à la succussion)
L'effet des substances dépend de la quantité administrée ; Paracelse disait
d'ailleurs en substance que « c'est la dose qui fait le poison ». Par
exemple, en thérapeutique classique, les anti-inflammatoire non stéroïdien
sont, selon la dose, antalgiques ou anti-inflammatoires. Notons que ce n'est
pas la dilution en soi qui produit cet effet, mais bien la dose finale ; la
dilution ne sert qu'à diminuer la dose administrée.
Les expérimentations d'Hahnemann[2] lui ont montré que le fait de secouer la
solution après chaque dilution permettait de conserver une certaine
efficacité thérapeutique. Cette succussion n'a pas pour but de bien mélanger
la solution avant de la diluer à nouveau, mais de produire des chocs sans
lesquels les qualités thérapeutiques du remède homéopathique n'apparaissent
pas. Ce procédé, sans lequel les dilutions sont peu ou pas actives, a été
nommé « dynamisation » par Hahnemann. Quelques études récentes tendent à
montrer que la présence d'air lors de la dynamisation est indispensable pour
qu'un effet pharmacologique puisse persister à très faible dilution.
Le solvant, le plus souvent l'eau et l'alcool, est utilisé pour effectuer
des dilutions successives, au dixième (DH) ou le plus souvent au centième (CH)
d'une solution de teinture mère. La dilution d'une solution de teinture mère
dans 99 volumes de solvant est une dilution d'une centésimale hahnemannienne
(1 CH, c'est-à-dire un taux de 0,01, ou encore 1 %), la dilution au centième
de celle-ci est une dilution de 2 CH (soit au dix millième T = 0,000 1 =
10-4, ou encore 0,01 %). Une dilution de n CH est une dilution de 10-2 × n ;
3 CH représente un millionième, 6 CH un billionième…
Les dilutions courantes en France vont jusqu'à 30 CH, le taux de dilution
est donc de 10-60. Dans de nombreux pays sont utilisées des dynamisations et
dilutions allant jusqu'à 200 CH.
Pour donner une idée plus juste
• une goutte d'eau (environ 0,05 mL) dans le lac Léman (88 900 millions de
m3), cela représente une dilution d'environ 6•-19, soit l'équivalent de 10
CH ;
• une dilution à 30 CH, elle correspond à un mL d'une substance-mère, dans
un volume de solvant correspondant à un cube dont l'arrête est de deux
millions de fois la distance entre la Terre et le Soleil.
Le Russe Semen Korsakov est l'auteur d'un système de dilution différent, qui
porte son nom. Au lieu de changer de flacon à chaque dynamisation, ce
procédé vide simplement le flacon après chaque dynamisation, en considérant
qu'il demeure environ un centième du volume initial (ce qui est probablement
approximatif). Cette méthode a permis d'automatiser le procédé, et a conduit
à l'obtention de dynamisations très poussées, jusqu'à un million de fois (MM
Korsakov). En réalité, si le nombre de secousses auxquelles a été soumise la
préparation est très élevé (100 millions de coups pour la MMK), la dilution
est fortement modifiée, parfois beaucoup plus faible que celle attendue et
strictement non mesurable.
Appliquée à des substances radioactives bêta, on a compté avec la
dynamisation hahnemannienne le nombre d'électrons émis. L'expérience a
montre qu'il n'y a plus de radioactivité au-delà de 12 CH. Celle-ci persiste
pour une dynamisation korsakovienne de 3000K. Ceci montrerait que la
dilution korsakovienne est beaucoup moins poussée que ce que Korsakov
lui-même pensait. Cela s'explique probablement par l'interaction entre la
substance à diluer et la paroi : les molécules peuvent s'accrocher fortement
à la paroi, et le volume n'est alors pas pertinent (le relargage en solution
n'est pas proportionnel au volume qui est passé dans le flacon, mais à
l'efficacité du lavage de la paroi, c'est-à-dire qu'il n'est pas exponentiel
mais logarithmique par rapport au nombre de passage).
La vision "sceptique" de la dilution hahnemannienne
Inversement, si les molécules actives n'ont aucune affinité avec la paroi,
cet effet est négligeable et on retombe sur le cas de la dilution
hahnemannienne. L'eau étant le meilleur des solvants, dès que l'eau est
contenue dans un récipient ou passe dans un conduit, elle détache quelques
molécules de la paroi. La pureté de l'eau nécessaire aux dilutions
homéopathiques n'existe pas. Passé le cap de 10 CH, les impuretés du solvant
sont des millions de fois plus concentrées que la substance-mère de départ.
Ces impuretés donnent aussi leur « empreinte » lors des succussions
subséquentes, ce qui fait que quelque soit la substance-mère de départ… on
obtient toujours la même chose à 30 CH : une solution où les impuretés ont
supplanté la supposée substance active depuis longtemps.
Dangers de l'homéopathie
Les médicaments homéopathiques sont généralement considérés comme dépourvus
d'effet secondaire. Cependant, certaines formes, en particulier les
granules, contiennent des excipients à effet notoire (lactose, saccharose);
les personnes sensibles à ceux-ci, par exemple les diabétiques, doivent donc
prendre des précautions.
Comme tout médicament, les remèdes homéopathiques ont des indications
précises. L'utilisation en place du traitement approprié (homéopathique ou
non) peut donc conduire à l'aggravation de la maladie. Par exemple, certains
homéopathes déconseillent vivement la prise d'Hepar Sulfur lors d'une otite
[4] [5] : Selon ces auteurs, une aggravation de la maladie du patient,
pouvant aller jusqu'à l'abcès du cerveau, est possible lorsque la technique
homéopathique est mal maîtrisée.
Ces affirmations, en provenance de ceux qui connaissent la méthode
homéopathique, et qui s'en méfient, sont considérées par de nombreux
détracteurs de l'homéopathie comme inexactes, car elles auraient, selon eux,
entraîné une régulation plus rigoureuse de la distribution de ces
médicaments. Malheureusement, ces détracteurs n'ont jamais vérifié
expérimentalement ce qu'ils avancent.
Les remèdes homéopathiques
Les remèdes homéopathiques peuvent être fabriqués à partir d'éléments ou
composés chimiques, de plantes, de champignons ou d'animaux.
Formes pharmaceutiques en homéopathie
tube contenant des granules imprégnés d'une solution à 15CH (taux de
dilution de 10-30)
• Formes solides : la solution diluée au CH voulu, et dynamisée, est
utilisée pour imprégner :
o des granules de saccharose (en tube de dose unique)
o des globules, en tube multi doses, selon la prescription : 2 à 4 globules,
plusieurs fois par jour, ou à intervalles ou heure fixes ;
o de la poudre en flacon ou sachet doses.
• Formes liquides
o gouttes (en flacon) - généralement des teintures mères de plantes ;
o ampoules buvables.
• Formes semi-solides
o Suppositoires
o Liniments, onguents et pommades (exemple : homéoplasmine)
À comparer avec les formes utilisées par la pharmacopée de la médecine.
Homéopathie injectable
Les laboratoires homéopathiques réclament la possibilité de commercialiser
des médicaments homéopathiques sous forme injectable. Cette nouvelle forme
pharmaceutique a pour l'instant été refusée. Par exemple en France, sur la
base d'absence d'étude d'efficacité et du danger de cette voie
d'administration [6].
Utilisation dans le monde
La France assure 80% du marché des médicaments homéopathiques, l'emploi de
cette médecine est attesté dans quatre-vingt pays, principalement en Europe,
en Amérique du Sud, en Inde, au Bengladesh et au Pakistan. À titre
d'exemple, le Bengladesh comptait en 1999, selon l'OMS, 16 000 homéopathes
diplômés et 8 000 non diplômés.
L'association humanitaire "Homéopathes sans Frontières" travaille sur la
prise en charge de malades dans les pays pauvres, notamment en Afrique, et
également pour la formation des soignants locaux.
Homéopathie
vétérinaire
Dès 1833, l'homéopathie est utilisée pour traiter les animaux domestiques ou
de ferme. L'homéopathie vise les pathologies courantes : dermatoses,
problèmes de lactation, de comportement sexuel, de croissance, de mise bas,
pathologies de l'appareil locomoteur, pathologies respiratoires, pathologies
digestives… Elle est généralement divisée en deux gammes selon la taille de
l'animal.
Les traitements homéopathiques peuvent être utilisés seuls ou en complément
d'un traitement traditionnel.
Les normes de l'agriculture biologique restreignent l'usage de l'allopathie
et conseillent d'utiliser l'homéopathie (et d'autres traitements dits
naturels comme la phytothérapie) avant tout [7].
Situation légale
L'homéopathie est couverte par des réglementations assez différentes selon
les pays.
L'Espagne et l'Italie considèrent comme la France que l'exercice de
l'homéopathie relève de la médecine et exigent donc que les homéopathes
possèdent une formation de médecin classique.
Au Brésil, l'homéopathie est une spécialité médicale reconnue au même titre
que les autres depuis 1992. Tout médecin peut donc se spécialiser en
homéopathie.
En Allemagne (comme en France), certains remèdes homéopathiques peuvent être
prescrits, comme d'autres médicaments, par des professionnels de santé non
médecin comme les dentistes, les sages-femmes ou les kinésithérapeutes.
Au Bengladesh, l'exercice de la médecine traditionnelle (qui inclut entre
autres l'homéopathie) est toléré en l'absence de diplôme.
Dans certains pays, les remèdes homéopathiques sont remboursés par les
mécanismes d'assurance maladie, au même titre que les autres médicaments
(c'est le cas en France, par exemple). Dans d'autres pays, comme l'Allemagne
(depuis 2003), l'Espagne, la Finlande, l'Irlande, l'Italie, la Norvège et la
Suède, l'homéopathie n'est pas prise en charge par les systèmes de santé.
Les médicaments homéopathiques sont en général en vente libre sans
ordonnance (automédication)
. Dans de très nombreux pays, leur vente est
réservée aux pharmacies, comme pour les autres médicaments.
En Europe, l'homéopathie est un médicament comme les autres, devant obtenir
une autorisation de mise sur le marché, bien qu'il puisse être dispensé
d'étude clinique préalable[8]. L'homéopathie est décrite à la pharmacopée
européenne.
En France
L'exercice de l'homéopathie est considéré comme relevant de la médecine. Un
homéopathe est donc nécessairement un médecin. Il peut avoir un diplôme
universitaire d'homéopathie délivrée par les facultés de pharmacie, mais ce
n'est pas une obligation légale. L'exercice médical de l'homéopathie,
auparavant toléré, est reconnu depuis 1997 par le conseil de l'ordre des
médecins.
Comme d'autres médicaments, certains remèdes homéopathiques peuvent
cependant être prescrits par des professionnels de santé non médecin comme
les dentistes, les sages-femmes ou les kinésithérapeutes.
Comme tout médicament, les remèdes homéopathiques sont exclusivement vendus
en pharmacie. Ils sont néanmoins en vente libre sans ordonnance. Suite à la
transposition de la directive européenne en droit français, les médicaments
homéopathiques sont soumis à une autorisation de mise sur le marché (AMM),
mais contrairement aux remèdes allopathiques, la demande peut ne pas
comporter d'étude clinique.
Les médicaments homéopathiques, bien que bon marché, ont subi les
restrictions sur les dépenses de santé et leur taux de remboursement a été
baissé à 35 %.
Au Canada
En 2003, le contexte réglementaire fédéral a changé : l'homéopathie rentre
dans la catégorie des produits de santé naturels tout en gardant un numéro
d’enregistrement (DIN).
Controverses
Les controverses sur l'homéopathie portent essentiellement sur deux
questions :
1. l'homéopathie a-t-elle un effet supérieur à celui d'un placebo ?
2. les solutions fortement diluées peuvent-elles avoir un effet biologique,
notamment quand elles sont administrées sous les formes modernes de
préparations homéopathiques ?
Au sujet de l'efficacité de l'homéopathie
Les médecins homéopathes et les sympathisants indiquent que des millions de
patients et de nombreux médecins dans le monde en font un usage régulier, et
constatent un effet positif. Ils précisent également que les homéopathes
utilisent depuis Hahnemann le placebo qui leur permet d'éviter de donner une
substance active à des patients malgré tout anxieux, qui ne comprendraient
pas qu'on ne leur prescrive qu'une prise par mois par exemple. Les
pathogénésies ont rapidement été effectuées en simple, puis en double
aveugle.
Une majorité des médecins non homéopathes, de nombreux scientifiques et les
opposants ne reconnaissent aucune valeur particulière aux médicaments
homéopathiques. Ils considèrent que les récentes méta-analyses prouvent que
l'homéopathie ne possède pas d'effets supérieurs à celui d'un simple
placebo.
Études
cliniques
Actuellement, la réglementation française impose que l'efficacité d'un
médicament soit prouvée par des essais cliniques réalisés en double aveugle
: l'effet du médicament est comparé à celui de son placebo ou d'un
médicament existant, sans que le médecin ni le patient ne sachent lequel est
prescrit.
Pendant longtemps, arguant du principe d'adaptation au patient, les
homéopathes ont rejeté la méthodologie ordinaire de test d'efficacité (en
effet, le test en double aveugle est basé sur la constitution d'un groupe de
patients présentant la même maladie, alors que l'homéopathie entend soigner
des patients et non traiter des maladies).
Cela subsiste dans l'attitude des homéopathes
qui estiment que les études cliniques, négatives comme positives, ne
reflètent en rien la pratique de l'homéopathie, car elles ne respectent pas
le principe de l'individualisation du remède : ces homéopathes considèrent
donc qu'elles ne permettent de tirer aucune conclusion sur l'efficacité
réelle des remèdes homéopathiques qu'ils prescrivent.
En théorie, une méthodologie de test équivalente et adaptée à l'homéopathie
est possible, cependant elle est plus difficile à mettre en œuvre. Le
principe d'adaptation du soin au patient est en effet au cœur de
l'homéopathie, de sorte qu'on ne peut pas constituer à l'avance un lot de
patients qui doivent tous être traités de la même façon.
On peut imaginer cependant une
comparaison des effets de l'homéopathie comme méthode thérapeutique par
rapport à un placebo, en laissant à un panel d'homéopathes le choix du
traitement homéopathique à administrer à chaque patient, celui-ci étant
remplacé par un placebo pour certains patients choisis aléatoirement (à
l'insu des patients et des médecins, en accord avec le principe du double
aveugle). On peut en outre, si le panel de patient est assez large et si on
souhaite spécifiquement observer l'effet d'un produit homéopathique,
analyser précisément les résultats pour les patients qui auraient dû
recevoir ce produit (seul ou en association, toutes dilutions confondues).
On peut éventuellement se limiter a
priori à une maladie spécifique ou, comme précédemment indiqué pour une
préparation homéopathique, s'intéresser a posteriori aux pathologies. Dans
tous les cas, pour que les résultats soient statistiquement significatifs,
il faut disposer au départ d'un grand nombre de patients, beaucoup plus
grand que pour une étude classique, ce qui explique la difficulté de
l'exercice.
Notons qu'en médecine comme dans toutes les sciences, chacun doit apporter
la preuve de ses arguments. L'initiative est donc aux laboratoires.
Quoi qu'il en soit, un certain nombre d'études cliniques plus classiques ont
été réalisées, certaines aboutissant à des résultats favorables, d'autres
concluant à un effet comparable à celui d'un placebo. Cependant, les études
favorables portent de façon assez systématique sur un petit nombre de
patients (relativement aux tailles d'échantillon utilisées dans le cas des
médicaments allopathiques).
Ces études, bien qu'elles permettent
d'affirmer l'existence d'un effet supérieur à celui d'un placebo, ne peuvent
conclure à un effet très supérieur en terme quantitatif : même si la
préparation homéopathique guérit plus souvent que le placebo, la différence
d'efficacité est très faible. De plus, les études portant sur un petit
nombre de patients sont plus sensibles aux erreurs de mesure que celles
utilisant un grand nombre de patients : un diagnostic erroné parmi 10
patients peut suffire à changer totalement la conclusion de l'étude,
contrairement au cas d'une étude basée sur 1 000 patients.
Etude de 1985 sur le rétablissement du transit intestinal après une
opération intra-abdominale
Une étude en double aveugle a été lancée en 1985 sous l'impulsion du
Ministre des affaires sociales français Georgina Dufoix ; elle portait sur
l'étude de l'opium et du raphanus sur le rétablissement du transit
intestinal après une opération intra-abdominale, auprès de six cent
personnes. Certains homéopathes participèrent à ce travail (c'est même suite
aux travaux de deux d'entre eux, les Pr Chevrel et Aulagnier, que fut choisi
le modèle d'étude).
Les résultats, publiés dans The Lancet
en 1988, n'ont montré aucune différence avec le placebo. Pour certains
homéopathes, ces résultats négatifs étaient prévisibles car l'étude ne
respectait pas le principe de l'adaptation du traitement au patient qui est,
selon eux, le plus important dans la méthode homéopathique.
Un groupe de huit chercheurs de nationalités suisse et britannique dirigé
par le docteur Aijing Shang (département de médecine sociale et préventive,
université de Berne) a effectué une analyse des publications médicales de 19
banques électroniques, comparant l'effet placebo à l'homéopathie et l'effet
placebo à la médecine conventionnelle. Les résultats de cette étude ont été
publiés dans The Lancet[9].
Il ressort de cette analyse que
• Les études portaient en moyenne sur 65 patients (de 10 à 1 573) ;
• en moyenne, les études concernant la médecine conventionnelle démontraient
une nette supériorité sur le placebo ;
• à l'inverse, l'analyse ne met en évidence aucune supériorité de
l'homéopathie sur l'effet placebo.
Ceci n'a pas surpris les opposants à l'homéopathie, qui incluent la majorité
des scientifiques et des médecins (non homéopathes), ainsi qu'en témoigne le
communiqué du 24/06/2004 de l'Académie de médecine française [10].
Remarque méthodologique
Pour mieux comprendre le débat sur l’efficacité de la thérapeutique
homéopathique, il faut en fait prendre en compte deux méta-analyses publiées
dans le Lancet.
Ainsi, en août 2005, le Lancet publie une méta-analyse de Aijing Shang et
coll. dont la conclusion semble en effet trancher le débat sur l’efficacité
des médicaments homéopathiques : « Les effets de l’homéopathie ne sont pas
significativement différents de l’effet placebo ».
Mais une précédente méta-analyse publiée dans le Lancet en septembre 1997
par Klaus Linde et coll.[11] concluait, elle, que « Les résultats de notre
méta-analyse ne sont pas compatibles avec l’hypothèse selon laquelle les
effets cliniques de l’homéopathie sont complètement dus à l’effet placebo. »
Nous sommes donc en présence de deux méta-analyses qui concluent, à quelques
années d’intervalle, dans deux sens diamétralement opposés…
Il faut s’attarder un peu sur la méthodologie des recherches étudiées par
ces méta-analyses. Les études retenues sont, pour la plupart, des études
randomisées en double-aveugle et contre un placebo adaptées à la
pharmacologie qui est l’un des piliers de la médecine conventionnelle.
L’un des paramètres des études randomisées conventionnelles est la nécessité
de répartir les patients en groupes nosologiques (diagnostiques) bien
définis : par exemple asthme, bronchite chronique obstructive, infarctus du
myocarde, etc. selon des critères qui relèvent exclusivement du système
étudié, ici la médecine conventionnelle.
Or, un des principes est l'adaptation au patient. Il est donc contraire aux
principes de l’homéopathie d’étudier l’efficacité de tel ou tel remède pour
l’« asthme », ou la « bronchite chronique ».
Toutes les études consacrées à l’homéopathie souffrent cependant de ce biais
constitutionnel. Il n’est dès lors pas étonnant qu’elles donnent des
résultats contradictoires, de même que les méta-analyses qui les reprennent.
Ces considérations sont développées dans un article publié en 2002 : «
Médecine intégrative et recherche systémique sur les effets thérapeutiques :
Enjeux de l’émergence d’un nouveau modèle pour les soins primaires ».
[12] Cet article relativise la pertinence des
conclusions que l’ont peut tirer de ce type de méta-analyse, que ce soit en
faveur ou en défaveur de l’homéopathie. Elles peuvent contribuer au débat
sur l’homéopathie lequel, de toute évidence, est loin d’être clos, à la
lumière de cette méta-méta-analyse.
Explication par l'effet placebo
Il est important de noter que les études citées précédemment ne nient pas
l'effet des médicaments homéopathiques mais le considèrent comme de même
niveau que celui du placebo auquel ils étaient comparés. Cela signifie en
pratique qu'on observe effectivement une amélioration de l'état du patient
dans certains cas, mais que cette amélioration ne peut pas être reliée de
manière probante au traitement en lui-même.
De nombreux scientifiques et médecins assimilent de ce fait l'homéopathie à
un support de l’effet placebo : le simple fait de présenter un produit ou
une méthode comme un traitement suffit à lui conférer réellement une
efficacité. L'effet placebo est observé dans tout type de traitement, y
compris conventionnel : par exemple, les antibiotiques conditionnés dans des
gélules rouges sont plus efficaces, et on est soulagé par l'absorption d'une
aspirine ou d'un cachet de paracétamol en l'espace de dix minutes alors que
celui-ci est encore dans l'estomac.
Notons que l'effet placebo marche aussi sur les nourrissons et les animaux
domestiqués.
Quels que soient les mécanismes (mal connus) en œuvre derrière cet effet, il
est considéré par la majorité de la communauté scientifique comme une
explication de l'efficacité de l'homéopathie (et, plus généralement, de
toute méthode accordant une attention au sujet à traiter, y compris la
consultation classique au cabinet médical). Pour certains homéopathes,
l'effet placebo ne peut pas tout expliquer : par exemple les guérisons
obtenues par des traitements faits à l'insu des malades. En l'absence
d'études en double aveugle pour ces exemples, il est impossible de trancher
car l'effet placebo peut jouer indirectement, par exemple en rassurant les
parents d'un nouveau né ou l'éleveur des animaux traités, ce qui influence
positivement les malades.
Explication par la gestion de la relation patient /
thérapeute
On a très tôt remarqué que les médecins homéopathes apportent une attention
considérable à l'établissement d'une relation solide entre le patient et son
thérapeute : de nombreuses études ont montré que le temps consacré à chaque
patient peut largement être doublé par rapport à une consultation classique.
Pour les détracteurs de l'homéopathie, l'effet principal de celle-ci
résiderait alors non pas dans le médicament, simple placebo, mais dans
l'accompagnement médical lui-même. Un certain nombre d'homéopathes insistent
eux-mêmes vivement sur l'importance de la conversation avec le patient qui
permet de choisir le meilleur médicament homéopathique dans la panoplie
existante, conversation qui, lorsqu'elle a lieu, pourrait expliquer une
grande part de l'amélioration ressentie des symptômes.
Le développement de cette idée relationnelle, sans rapport avec
l'homéopathie cette fois-ci, conduira aux groupes Balint.
Au sujet des principes de l'homéopathie
Dilution
Un des principaux points de controverse entre les partisans de l'homéopathie
et ses opposants porte sur le principe de dilution et de dynamisation.
Le médicament homéopathique est obtenu par une succession de dilutions d'un
produit "actif", le plus souvent au centième. Chaque dilution par 100 est
notée CH pour centésimal hahnemannienne, notation spécifique à l'homéopathie
qui indique le nombre de dilutions centésimales effectuées.
Le CH peut se traduire en notation scientifique par la formule suivante :
n dilutions CH = (0,01) n = 10-2n
Par exemple : 12 CH = 1/1000 000 000 000 000 000 000 000 peut se mettre sous
la forme 10-24 en notation scientifique. C'est un nombre sans dimension,
donc sans unité.
Un litre d'eau contient environ 3•1025 molécules d'eau[13]. Donc si on dilue
ce litre dans 3•1025 litres, chaque litre ainsi obtenu contient en moyenne
une molécule d'eau du litre de départ. Cette dilution correspond à 12,7 CH[14].
Maintenant, le produit initial est déjà dilué, on part d'une solution qui
est majoritairement de l'eau et contient au plus quelques pourcents de
produit (à titre d'exemple, la mer, qui est très salée, contient environ 40
g de sel par litre d'eau, soit 4 % en masse, c'est-à-dire que 13 % des «
molécules » sont du sel[15]).Donc avec une dilution de 12 CH, on a déjà
moins d'une molécule de produit par litre de solution. À partir d'environ 12
à 15 CH (selon la quantité du principe actif de départ), toutes les
solutions obtenues sont identiques à la solution moins diluée.
Un appareil de cytométrie en flux permet de réaliser une dilution exacte de
12 CH en mettant une particule dans 1024 molécules d'eau soit environs 30
grammes d'eau pure. Partant d'une telle préparation, une dilution
supplémentaire est inutile. En effet, sur les 100 récipients utilisés pour
passer à 13 CH, 99 ne contiennent que le solvant, alors que la dernière est
de composition identique au récipient à 12 CH : elle ne contient qu'une
molécule du principe actif.
Notons qu'un litre de solution dilué à, par exemple, 10 CH, représente 1020
L de solution finale, soit de quoi fournir 20 milliards de litres à chaque
habitant de la planète. Un laboratoire de fabrication pourrait donc
fonctionner durant toute sa durée de vie avec le litre initial, sans avoir à
s'approvisionner en autre chose que de l'eau.
La dynamisation par succussion
Notons cependant que le cytomètre en flux ne réalise par les opérations de
succussion préconisées par les homéopathes. Si celles-ci ont un effet
notoire sur les propriétés de la solution diluée, celui-ci ne sera pas
observé par une dilution opérée par un cytomètre en flux.
On peut aussi noter qu'en pratique la pureté du solvant n'est jamais
absolue. Les produits en solution dans ce solvant subissant le même
traitement de dynamisation que le principe actif initial, il faut donc
expliquer pourquoi ce cocktail n'a pas un effet sensible dans la préparation
du médicament.
L'homéopathie moderne admet la nature moléculaire de la matière qui
sous-tende le raisonnement indiqué au dessus (les théories moléculaires
vérifiées expérimentalement sont postérieures à la formulation de
l'homéopathie par Hahnemann). Elle a donc cherché à expliquer une efficacité
en l'absence des substances initialement introduites dans la préparation,
notamment en postulant que l'eau garderait une mémoire des solutés après
même que toute trace en aurait disparu.
Les travaux de Jacques Benveniste dans
cette direction, initialement publiés dans Nature, ont été récusés par la
quasi-unanimité de la communauté scientifique, ses résultats présentant un
biais expérimental. En outre, aucune théorie sérieuse ne peut actuellement
rendre compte à la fois d'une éventuelle mémoire de l'eau et des
observations expérimentales expliquées par les lois physico-chimiques
reconnues.
D'autres travaux in vitro visant à expliquer l'éventuel mode d'action d'une
solution extrêmement diluée sont régulièrement entrepris depuis l'affaire de
la mémoire de l'eau, mais sans résultat probant.
Finalement, même en acceptant l'idée d'une éventuelle mémoire de l'eau ou
d'une modification des propriétés chimico-physiques du solvant par le fait
d'agiter fortement et longuement une solution, il faut constater que la
grande majorité des préparations homéopathiques se prennent sous forme de
granules.
Le fait que les granules, à base de sucre de canne ou d'un mélange de
saccharose et de lactose, soient imprégnés par la préparation et puis séchés
implique implicitement l'existence d'un transfert de la valeur thérapeutique
du remède de la dilution dynamisée au sucre qui ne contient plus d'eau après
séchage.
On peut se poser la question scientifique de savoir comment la dynamisation
peut elle se transmettre aux molécules de sucre, être stockée dans le sucre
sec puis être restituée lors de de la dilution dans la salive du patient
sous la langue pour pénétrer via les muqueuses de la bouche dans l'organisme
à soigner ! Les granules dont le poids et la porosité sont soigneusement
contrôlés sont absorbés par voie buccale et sublinguale (en laissant fondre
sous la langue).
Extrait de La belladone, préservatif de la scarlatine, annexé à l'Organon,
et traitant de l'importance de la dynamisation (BnF/Gallica)
À ce sujet, Hahnemann lui-même remarquait dans un opuscule sur le traitement
homéopathique de la scarlatine[2], que la prise de la préparation
homéopathique avec du sucre la rendait inefficace :
« En général, il est incroyable combien ce médicament, de même que tout
autre, perd de sa force lorsqu'on le fait prendre sur du sucre, par exemple,
ou qu'après l'avoir instillé dans une liqueur, on ne remue pas celle-ci.
Mais il ne faut pas non plus, après avoir remué la dose, la laisser
plusieurs heures sans l'administrer : le véhicule, ainsi tranquille, subit
toujours quelque peu de décomposition, ce qui affaiblit ou même détruit les
médicaments végétaux mêlés avec lui. »
On constate que la pratique homéopathique moderne est bien éloignée des
préconisations d'Hahnemann.
Similitude
Ce principe déjà cité par Hippocrate (Ve siècle av. J.-C.) a mené à quelques
thérapeutiques connues et efficaces dont la quinine dans le traitement de la
malaria.
On cite également souvent la vaccination (où on administre un agent
infectieux afin d'apprendre au corps à se défendre). Cette découverte
n'était cependant pas fondée sur un principe de similitude; elle résultait
d'une observation : la résistance à la variole des garçons et filles de
ferme, exposés à une maladie bovine. Il n'existait pas encore alors de
théorie sous-jacente.
De plus, la vaccination et le médicament homéopathique diffèrent sur des
points notables :
• le vaccin relève de la prophylaxie (immunité active) en entraînant le
système à se défendre contre un mal futur, alors que le médicament
homéopathique est souvent utilisé en thérapie, une fois que le mal s'est
installé ; un contre-exemple bien connu est cependant la vaccination
antirabique, qui a lieu après la contamination (mais avant que celle-ci ne
gagne les centres nerveux).
• le vaccin est appliqué de manière identique à tout un chacun, et non de
façon adaptée à tel ou tel patient ; celui-ci, d'ailleurs, n'étant pas en
général malade, ne présente pas non plus de symptôme spécifique qui
guiderait le médecin qui suivrait le principe homéopathique d'adaptation du
traitement au patient.
• différence de nature du produit actif : la vaccination utilise des
produits liés à la cause de la maladie (microbes ou virus désactivés ou
partie reconnaissable par le système immunitaire); l'homéopathie utilise un
produit produisant le même type de symptôme sur le patient ;
• différence de dose : l'efficacité du vaccin peut varier d'un individu à un
autre, mais la dose est calibrée pour provoquer une réaction adéquate du
système immunitaire sur la plupart des vaccinés ; le produit homéopathique
est, lui, administré en une quantité généralement bien plus faible, censée
influencer fortement l'efficacité.
• le mécanisme d'action de la vaccination est connu, et non celui de
l'homéopathie ; cependant, la vaccination fut utilisée bien avant qu'une
quelconque théorie des agents infectieux ne fut développée.
L'homéopathie fut formulée à une époque où l'on ne comprenait pas pourquoi
la vaccination avait un effet, et dans ce cadre, les propositions
d'Hahnemann avaient un sens qu'elles ont perdu depuis. Voir aussi l'article
Culte du cargo.
Au cours du XXe siècle, on élucida le mode d'action de toutes les
thérapeutiques rappelant le principe des semblables; l'homéopathie resta
mystérieuse, en partie parce que son action n'était pas elle-même évidente.
Le hasard ou une observation attentive ont pu se montrer plus féconds que le
principe des semblables.
Politique économique
La France, comme la plupart des pays développés à l'exception des États-Unis
(où l'homéopathie a presque totalement disparu) possède un système public et
obligatoire d'assurance-maladie, financé en partie par la CSG et en partie
par les cotisations assises sur le travail (alors qu'il est financé par
l'impôt dans la majorité des pays européens) ; l'évaluation de l'efficacité
des médicaments pris en charge par la collectivité y est très en retard par
rapport aux autres pays développés : avec la Belgique, elle est le seul pays
développé où les médicaments homéopathiques sont encore remboursés par la
collectivité, en dépit du fait que l'Académie de Médecine, constatant
qu'aucune étude clinique n'a pu prouver une quelconque efficacité de
l'homéopathie et qu'aucun test en double aveugle n'a été accompli, a demandé
le 7 septembre 2004 l'arrêt du remboursement des médicaments homéopathiques,
reprenant ainsi les conclusions de 11 avis successifs de la Commission de la
Transparence du Médicament et celui de la Cour des Comptes.
Qui plus est, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Grèce, en Finlande, aux
Pays-Bas, il n'est pas nécessaire d'être médecin pour exercer l'homéopathie
; en Suède, cette activité est formellement interdite aux médecins.
Il est à noter qu'en France l'activité est florissante : Boiron est la 116e
plus grande fortune, et Pierre Fabre, second actionnaire des laboratoires
Boiron, la 17e fortune de France.
Notes
1. ↑ Essai sur un nouveau principe pour découvrir les vertus curatives des
substances médicinales de Dr Samuel Hahnemann
2. ↑ 2,0 2,1 2,2 2,3 Samuel Hahnemann, Exposition de la doctrine médicale
homéopathique, ou Organon de l'art de guérir, 1845. Consultable en ligne sur
le site de la Bibliothèque nationale de France
3. ↑ cf. le compte rendu de Patients in the History of Homoeopathy sur le
site du SNMHF
4. ↑ Paul Chavanon, Thérapeutique ORL homéopathique (1935), éditions Similia,
1989
5. ↑ James Tyler Kent, La science et l'Art de l'homéopathie (1900), éditions
Maisonneuve, 1969
6. ↑ Commission d'AMM, Réunion n° 397 DU 02 MARS 2006, p4, AFSSAPS
7. ↑ Chapitre 4, 5.4 & Chapitre 8, 4.2 du Cahier des charges concernant le
mode de production et de préparation biologique des animaux et des produits
animaux définissant les modalités d'application du règlement CEE n° 2092/91
modifié du Conseil et/ou complétant les dispositions du règlement CEE n°
2092/91 modifié du Conseil, Version consolidée, Ministère de l'agriculture,
de l'alimentation, de la pêche et des affaires rurales, 28 août 2000 [1]
8. ↑ directive 2001/83/CE et amendements
9. ↑ Aijing Shang, Karin Huwiler-Müntener, Linda Nartey, Peter Jüni, Stephan
Dörig, Jonathan AC Sterne, Daniel Pewsner and Matthias Egger, Are the
clinical effects of homoeopathy placebo effects? Comparative study of
placebo-controlled trials of homoeopathy and allopathy, The Lancet , 366:
726-732, 2005. [2] (en)
10. ↑ communiqué du 24/06/2004 de l'Académie de médecine française
11. ↑ Linde K., Clausius N., Ramirez G., Melchart D., Eitel F., Hedges V.L.,
Jonas W.B., Are the clinical effects of homeopathy placebo effects ? A meta-analysis
of placebo-controlled trials, The Lancet, 1997
12. ↑ Médecine intégrative et recherche systémique sur les effets
thérapeutiques : Enjeux de l’émergence d’un nouveau modèle pour les soins
primaires » (Iris R. Bell et coll. Arch. Intern. Medicine /Vol. 162, Jan 28,
2002 American Medical Association, pp.133-140, la « bible » des internistes)
13. ↑ la masse molaire moléculaire de l'eau est de 18 g/mol, c'est-à-dire
qu'une mole d'eau pèse 18 g ; une mole représente 6,02•1023 molécules, c'est
le nombre d'Avogadro
14. ↑ puisque la dilution d vaut 10-2•n, on a -2•n = log10 d, voir l'article
Logarithme décimal
15. ↑ le sel est en fait un composé ionique, NaCl n'est pas à proprement
parler une molécule, il faudrait plutôt dire que l'on a 11,5 % d'ions Na+,
11,5 % d'ions Cl- et 77 % de molécules d'eau
Bibliographie
Principes de l'homéopathie
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• J. Baur, L'enseignement du Dr. Pierre Schmidt, Similia, 1990
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• Samuel Hahnemann, Etudes de Médecine Homéopathique, Maloine, 1989
Histoire
• Olivier Faure (dir.), Praticiens, patients et militants de l'homéopathie
aux XIXe et XXe siècles (1800-1940), Boiron / Presses universitaires de
Lyon, 1992, 242 p. (ISBN 2-85742-080-3 et ISBN 2-7297-0429-9) ;
Actes du colloque de Lyon, octobre 1990.
• François Gassin et Alain Sarembaud, Histoire d'un syndicalisme de 1932 à
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développement de l'homéopathie, 2005, 362 p. (ISBN 2-915668-15-9).
Matières Médicales
• Eugène Beauharnais Nash, Principes de thérapeutique homéopathique, Doin,
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• James Tyler Kent, Matière Médicale, Annales Homéopathiques Françaises,
1981
• Henry Allen, Matière Médicale de la fièvre, Similia, 1990
• E. A. Farrington, Matière Médicale clinique, Similia, 1988
• Léon Vannier, Les remèdes des états aigus, Doin, 1980
• J.A. Lathoud, Etudes de Matière Médicale, Boiron, 1998
• Henry Duprat, Traité de Matière Médicale, Baillère, 1968
• Roland Zissu, Matière Médicale Constitutionnelle, Le François, 1977
• Michel Guermonprez, Madeleine Pinkas, Monique Torck, Matière Médicale,
Doin, 1985
Avis sur l'homéopathie
• J. Brissonnet, les Pseudo-médecines (Book-e-Book)
• Dr J.J. Aulas, Les médecines douces, des illusions qui guérissent (Odile
Jacob)
• 50 ans de recherche en homéopathie
• l'avis du physicien J.M. Lévy-Leblond
• Tempête sur l'homéopathie (résumé d'ensemble) E.Arié et R. Cash, Les
Asclépiades, Mars 2006 [3]
•
Homéopathes
• Société suisse d'homéopathie
• Homéopathe international
• un labo universitaire à Paris13
• Laboratoires Homéopathiques : Groupe BOIRON | Dolysos | Lehning
Partisans
• Homéopathes sans frontières, association humanitaire bénévole en Afrique
• Planète homéo, orienté vers le grand public et les professionnels
• homeophyto, 400 dossiers en libre consultation
Opposants
• L'homéopathie - la plus grande farce qui existe, Stephen Barrett, M.D.
• Les sceptiques du Québec
• Charlatans
• Chapitre l'homéopathie de « Les pseudo-médecines »
• Qu’est-ce que l’effet placebo ? par Martin Winckler
• sur la mémoire de l'eau
• Pratiques occultes : qu’est-ce l’homéopathie ?, Centre de documentation,
d'éducation et d'action contre les manipulations mentales (CCMM)
• L'article du Lancet fut rapporté dans de nombreux articles de presse :
Psychomedia, Libération, Passeport santé, Le Monde, Futura Sciences.