Le stress ou tension nerveuse est le syndrome général d'adaptation.
Ce mot signifie contrainte en anglais.
Le stress est un ensemble de réactions physiologiques (sueurs, accélération
du cœur et de la respiration) et psychologiques (inquiétude, troubles du
sommeil) qui se manifestent lorsqu'une personne est soumise à un changement
de situation. Plus simplement, le stress c’est une sensation que l’on
éprouve lorsque l’on est confronté à une situation à laquelle on ne croit
pas pouvoir faire face correctement. Il provoque un sentiment de malaise.
C’est comme un réflexe de l’organisme qui agit contre les agressions
extérieures. Cela va déclencher un ensemble de réactions nerveuses et
hormonales.
Le stress peut permettre une mobilisation des forces physiques et mentales.
Par exemple, l'élévation du rythme cardiaque et respiratoire (dû notamment à
une décharge d'adrénaline) permet de mieux oxygéner les muscles ; c'est une
réaction animale (préparation à la fuite ou au combat face à un danger).
Mais il peut aussi faire perdre les moyens et nuire à l'action ; il s'agit
probablement d'une autre réaction animale (camouflage impliquant
l'immobilité).
Mais cette situation épuise l'organisme. Une situation prolongée de stress
entraîne une fatigue et favorise l'apparition de maladies, notamment
cardio-vasculaires ; le stress au travail est une des premières cause
d'arrêt-maladie (surmenage, on parle parfois de burnout ou syndrome
d'épuisement professionnel pour désigner une usure extrême au travail).
En fait, la notion de stress regroupe plusieurs notions :
• le changement, la cause extérieure provoquant la réaction, l'agent
stressant ; on peut désigner ceci par les termes de « contrainte » ou de «
pression nerveuse » ;
• la réaction d'adaptation à cette contrainte, que l'on peut désigner par le
terme « tension nerveuse ».
On a l'habitude d'associer le stress à des situations créées par des
relations humaines (passage d'un examen, conflit interpersonnel...) mais ce
syndrome se manifeste pour tout changement : voyage (choc culturel, décalage
horaire), changement climatique (par exemple lorsque l'on sort dans le
froid), événement professionnel (licenciement, nouveau travail, changement
d'équipe), événement familial ou sentimental (déménagement, mariage,
divorce, naissance, décès, nouvelle rencontre, dispute), changement corporel
(adolescence, ménopause)...
L'étude du stress fait intervenir la médecine, la psychologie et la
sociologie.
Ambiguïté du concept de stress, préambule à une définition
Chacun de nous à l’heure actuelle a pu utiliser le mot « stress » pour
définir ce qu’il ressentait à un moment ou un autre de son existence et à
l’heure actuelle, il est très à la mode d’appliquer ce terme à toutes sortes
de situations de la vie autant publiques que privées.
Mais l’homme « de la rue » ne donne pas vraiment de définition précise du
stress dans la mesure où il n’en a pas besoin puisqu’il le ressent déjà
corporellement. Ainsi le stress, à un niveau de compréhension relativement
restreint, est déjà compris intuitivement par chacun de nous.
Malheureusement, cette évidence du ressenti sert d’alibi à une définition
peu développée et non consensuelle.
La définition du stress est souvent liée au concept de performance.
Cependant, le lien entre ces deux notions n’est pas si évident et ne trouve
pas de consensus. En effet, pour certains individus, le stress est vital à
leur performance, il décuple leurs chances de mener à bien ce qu’ils ont
entreprit. C’est dans cette optique que l’on peut entendre certains dire que
le stress — ou plutôt dans leur terme le « défi », la « motivation » — est
la condition sine qua non de leur réussite socioprofessionnelle. Pour
d’autres individus, le stress inhibe leurs capacités et les empêche de mener
à bien ce qu’ils ont entreprit. Dans cette optique là, une quantité de
thérapies anti-stress ont vu le jour sur le marché des services de
bien-être. Ici, le stress est l’ennemi qu’il faut combattre à tout prix pour
pouvoir accéder à une vie meilleure sous tous rapports.
On constate donc que la relation stress-performance, bien que toujours
évoquée lorsqu’on parle de stress, n’est pas sujette à un consensus et
pourrait provenir d’une définition du stress trop peu fouillée à la base ou
encore d’une relation complexe mais intéressante à étudier entre le stress
et la performance. D'un point de vue scientifique, le problème du consensus
est aussi présent et le concept de stress reste dans le vague, le global.
Une première source d’imprécision réside dans le fait que le terme stress «
est déjà tout un programme puisqu’il désigne à la fois l’agent responsable,
la réaction à cet agent et l’état dans lequel se trouve celui qui réagit » (Dantzer,
2002).
Une seconde source d’imprécision réside dans le fait qu’un grand nombre de
disciplines se sont intéressées au stress et qu’elles ont toutes insisté sur
les aspects leur tenant à cœur et en laissant tomber les autres. Ce qu’il
faut comprendre cependant, c’est que le stress, hormis le fait qu’il soit
tout à la fois la situation, l’état et la réaction, doit être expliqué selon
un biais bio-psycho-social et relationniste puisqu’il est constitué d’une
foule de facteurs, mécanismes ou encore réponses, tous bio-psycho-sociaux
dont l’interaction demeure extrêmement complexe.
Le concept de stress
Le stress a souvent une connotation négative parce que les gens l’associent
à la peur ou la colère, qui sont des émotions qui nous perturbent.
Cependant, une grande joie, un grand succès peuvent aussi provoquer des
réactions physiologiques (tension musculaire, fatigue, etc.). Il y a deux
types de stress : le stress aidant, bénéfique pour notre organisme et le
stress nuisible, gênant. Si le niveau de tension est adapté à la situation,
à l’action, il est bénéfique. Si au contraire, il n’est pas adapté,
disproportionné, il y aura encore plus de tensions et donc, des conséquences
physiologiques et psychologiques.
Il faut savoir que le stress existe depuis très longtemps déjà. Les humains
ont toujours dû faire face à des situations déstabilisantes et qui
provoquent un déséquilibre. Aujourd’hui, nous connaissons ces nombreuses
situations. Ce sont par exemple, nos inquiétudes concernant notre avenir
économique, la vieillesse, la santé, le décès d’une personne proche, etc. La
plupart du temps, nous nous contentons d’essayer de résoudre le problème
sans essayer de savoir d’où il vient.
L’homme va donc percevoir les demandes de son environnement, les traiter, et
tenter de réagir à ces dernières par le biais d’une gamme de comportements
innés et acquis qui constitue un « potentiel personnel » de réponse,
potentiel pouvant différer grandement d’une personne à l’autre. La plupart
des chercheurs s’intéressant au stress s’accordent à dire que le stress a un
rôle à jouer dans ce potentiel personnel de réponse. Cependant, c’est au
niveau de la nature de ce rôle que les scientifiques n’ont pas trouvé
d’accords.
Le stress pouvait avoir comme cause une excitation émotionnelle. Ainsi la
non-spécificité serait due à des stimuli présentants un point commun qu’est
l’émotion. Nous verrons par la suite que cette non-spécificité peut en effet
être remise en doute, de même que le lien unique entre le stress et
l’émotion.
Approche biologique du stress : historique et approche actuelle
Pour autant que l'on se souvienne, le mot stress vient du latin stringere
qui signifie « rendre raide », « serrer », « presser ». Cette racine latine
est reprise par la langue anglaise et en 1303 déjà, Robert Mannyng dans son
livre Handlyng Synne parle du stress.
Au XVIIe siècle, la notion de stress veut dire « état de détresse » et
renvoie à l'idée d'oppression, de dureté de vie, de privation, de fatigue,
d'adversité, de peine ou encore d'affliction.
Dès le XVIIIe siècle, le stress prend une connotation contemporaine en
renvoyant à une force, pression, contrainte, influence, un grand effort de
la matière, des organes et même du psychisme.
Le médecin physiologiste français Claude Bernard fut un des premiers à
donner une interprétation des effets du stress sur notre comportement, en
1868. Selon lui, les réactions dues au stress visent à maintenir l’équilibre
de notre organisme. Puis, Walter Cannon, un neurophysiologiste américain,
appela cette recherche « homéostasie » (qui veut dire : « tendance des corps
vivants à stabiliser leur organisme ») .
Le mot « stress » est apparu autour de 1940. Au départ, c’était un mot
anglais (qui a changé de signification par la suite) employé en mécanique ou
en physique, qui voulait dire « force, poids, tension, charge ou effort ».
Ce n’est qu’en 1963 que le psychologue Hans Seyle utilise ce mot en
médecine, et qui le définit comme étant « des tensions faibles ou fortes,
éprouvées depuis toujours, et déclenchées par des événements futurs
désagréables ou agréables » . Il y voit des « forces potentiellement
destructrices » et parle « d'état de stress » pour décrire les « changements
physiques provoqués par une situation stessante ». C’est la notion moderne
du stress que nous employons couramment aujourd’hui.
La science va prendre petit-à-petit ses droits sur la notion et l'on
constate que le stress est tout d'abord utilisé en physique métallurgique
avec la loi de Hooke qui stipule qu'une force extérieure (load) agissant sur
un corps, provoque une tension de ce corps (stress) qui peut se transformer
en déformation (strain) (Jürgen Nitsch, 1981, p43-38. In Maurer Milka,
1983).
La contrainte excessive exercée sur un matériau qui devient de ce fait
fatigué, déformé, cassé, rend toute tentative de retourner à l’état
d’origine vaine, puisque le matériau est beaucoup plus vulnérable qu’il ne
l’était auparavant, comme un trombone qu’on aurait déplié et qu’il s’agirait
de remettre en place. On voit donc qu'avec cette utilisation du mot stress,
il y a déjà un lien créé avec une certaine forme d'adaptation où l'excès de
stress rendrait le matériau plus vulnérable.
À partir de cette utilisation de la notion en métallurgie, une analogie se
crée pour le vivant. Il survient alors l'idée que les situations
excessivement agressives (load) provoquent un stress important pouvant
entraîner des maladies physiques ou mentales (strain). C'est dans cette
optique que William Osler (1849–1919), cardiologue, montre qu'un travail
pénible et de lourdes responsabilités conduisent aux tourments et à
l'anxiété dont la persistance peuvent entraîner des problèmes médicaux.
Dès le XXe siècle, l'usage de la notion de stress aux organismes vivants va
se généraliser, ceci sur la base de notions telles que l’homéostasie,
concept créé à partir de la théorie cellulaire, et l’adaptation Darwinienne.
Ce liage stress-homéostasie-adaptation va faire son chemin jusqu'à nos jours
et produira une littérature abondante et féconde.
Le liage de ces trois notions constitue l'approche dite biologique du stress
et va permettre d'expliquer à sa façon la fonction du stress qui est
l'adaptation à l'environnement, ceci dans certaines limites, et donc qui
sert au maintien de la vie.
Comme on vient de le dire, le modèle biologique attache beaucoup
d'importance à l'adaptation darwinienne. En fait, c'est le noyau dur de
cette pensée. Pour résumer la théorie de Darwin, on dira que l’adaptation
correspond à l’ensemble des corrélations internes et externes qui font qu’un
organisme peut vivre d’une certaine manière dans un habitat donné, et y
contribuer à la perpétuation de l’espèce à laquelle il appartient. Cette
adaptation se fait en faveur de la sélection naturelle qui prend la forme de
problèmes qui sont posés à l’organisme qui, s’il n’arrive pas à les
dépasser, le feront mourir. C’est ainsi que l’on peut résumer la sélection
naturelle.
Maints auteurs ont pu montrer que s’adapter ou être adapté à un problème
peut se faire de plusieurs manières. Et pour la théorie biologique du
stress, ce dernier fait partie de l'effort adaptatif en préparant les
organismes vivants à des réponses musculaires rapides et intenses augmentant
par là même la capacité de fuir ou de lutter et donc de survivre.
Nous verrons par la suite les apports et les limites d'une telle
explication, mais auparavant, nous devons retracer quelque peu le décor dans
lequel cette théorie a pris place.
Homéostasie et adaptation
Hippocrate en reprenant la théorie pythagoricienne des humeurs prétend que
toute « dyscrasie » ou rupture de l'équilibre normal est la cause de
maladie. Hippocrate pose ainsi les bases du concept d'homéostasie et des
conséquences de son dépassement.
Scientifiquement parlant, c’est en 1865 que Claude Bernard observe et décrit
le concept d’homéostasie, sans toutefois le nommer comme tel :
Tous les mécanismes vitaux quelques variés qu’ils soient, n’ont toujours
qu’un seul but, celui de maintenir l’unité des conditions de la vie dans le
milieu intérieur.
Il y aurait donc une propriété essentielle chez les êtres vivants qui serait
la faculté de maintenir la stabilité du milieu interne. Cette constance du
milieu intérieur est la condition « d’une vie libre et indépendante » face à
un environnement toujours changeant, soulignant ainsi la fonction
primordiale de l’homéostasie. L’homéostasie permet par exemple dans une
certaine mesure à un homéotherme d’être indépendant de la température
externe, chose qu’un poïkilotherme ne peut se permettre puisqu’il ne dispose
pas de la thermogenèse et des processus thermolytiques pour réguler sa
température interne. Par cet exemple, on comprend que l’homéostasie est
obtenue non pas par un équilibre statique, mais plutôt mobile disposant de
techniques de régulation pouvant gérer l’excès ou l’insuffisance.
Mais l’homéostasie ne s’arrête de loin pas qu’aux processus
thermodynamiques, mais pour reprendre Claude Bernard, à « tous les
mécanismes vitaux » (op.cit.). Il existe donc aussi une homéostasie
chimique, alimentaire, etc. On peut ainsi citer entre autres le rôle
prépondérant du système hypophysaire dont le stress entre autres dépend, ou
plus généralement du système hormonal et ses multiples fonctions dans le
maintien d’une homéostasie « globale ». Dès 1878, Bernard montre que lorsque
la stabilité du milieu intérieur est perturbée, il y a une vulnérabilité à
la maladie. Bernard se situe donc dans la vision Hippocratique de la
maladie, comme quoi le germe maladif n'est pas le seul facteur, mais qu'un
dérangement de l'équilibre normal conduit à une fragilisation.
C’est Cannon Walter Bradford (1871-1945), physiologiste américain, qui crée
le nom d’homéostasie à partir du grec (stasis : état, position et homoios:
égal, semblable à) et il y inclura en outre la notion de stress. A partir de
l'observation sur des animaux des vagues de l'estomac et de l'intestin
pendant la digestion et leurs modifications, voire disparition en cas de
frayeur ou crainte, Cannon va s'intéresser aux réactions émotionnelles
fortes et leurs relations au corps.
En parallèle aux modifications de la digestion, Cannon observe d'autres
dérèglements comme l'accélération du rythme cardiaque, l'augmentation de la
sécrétion gastrique.
Dès 1915, dans Bodily Changes in Pain, Hunger, Fear and Rage, Cannon énonce
sa théorie de l'homéostasie sans s’écarter pour autant du concept expliqué
par Claude Bernard :
Les êtres vivants supérieurs constituent un système ouvert présentant de
nombreuses relations avec l’environnement. Les modifications de
l’environnement déclenchent des réactions dans le système ou l’affectent
directement, aboutissant à des perturbations internes du système. De telles
perturbations sont normalement maintenues dans des limites étroites parce
que des ajustements automatiques, à l’intérieur du système, entrent en
action et que de cette façon sont évitées des oscillations amples, les
conditions internes étant maintenues à peu près constantes […]. Les
réactions physiologiques coordonnées qui maintiennent la plupart des
équilibres dynamiques du corps sont si complexes et si particulières aux
organismes vivants qu’il a été suggéré qu’une désignation particulière soit
employée pour ces réactions : celle d’homéostasie.
(The Wisdom of the Body, 1932).
Cannon va chercher la cause de cette homéostasie et il prouve par une série
d’expériences sur l’animal que lorsque l'organisme est soumis à une violente
émotion comme la peur ou la fureur, la production d’adrénaline augmente (The
Wisdom of the Body). Enfin, dans Stresses and Strain of Homeostasis, article
publié en 1935, Cannon décrit comment la médullosurrénale, productrice de
l’adrénaline, permet de faire face aux changements de température, aux
besoins énergétiques ou encore aux variations de pression partielle de
l’oxygène dans l’air.
Comme on peut le voir, Cannon associe les processus homéostatiques de
maintien de la vie au phénomène du stress, ceci sur leur base d'une
production d'adrénaline par la médullosurrénale.
Il convient alors de se demander, dans l'optique de ce travail, la raison du
stress selon Cannon. Pour ce dernier, l'homéostasie est mise en danger si
les substances essentielles manquent ou sont en excès (origines endogènes)
ou encore si un facteur externe est délétère (facteurs exogènes) pour
l'organisme. Cannon conçoit donc l'homéostasie comme ayant certaines limites
dont la transgression provoque un stress, défini par Cannon comme un
stimulus endogène ou exogène provenant du déséquilibre trop important de
l'homéostasie. Chez Cannon, le stress se situe donc d'une certaine manière
dans le pathogène car il est la conséquence de processus homéostatiques
sollicités jusqu'aux limites de leurs marges d'adaptation fonctionnelle.
Ainsi, à long terme, l'organisme est fragilisé, vulnérabilisé (position de
Bernard et Hippocrate), et ne pourra reprendre sa capacité homéostatique
d'origine. Pour prouver ce fait, Cannon citera les maladies carentielles qui
une fois commencées rendent l'organisme plus faible à long terme, ceci même
après une guérison.
Au niveau adaptatif à court terme cependant, le stress va conduire aux
réactions de fuite ou de lutte qui sont la conséquence d'un
hyperfonctionnement sympathique. Le stress a donc un rôle adaptatif
essentiel à jouer car, « tout comme un matériau ne peut résister qu'à des
contraintes modérées, l'homéostasie ne peut être maintenue que si les écarts
à la normale restent relativement faibles. Au delà, des processus correctifs
permettant de faire face sont nécessaires : c'est le stress ». (Dantzer,
2002). Le stress pour Cannon est donc le complément à l'homéostasie qui
permet de réduire au maximum les dégâts déjà engendrés à l'organisme. C'est
une réaction d'urgence à court terme qui favorise la fuite ou la lutte,
c'est-à-dire l'évitement de la situation pathogène. Et en ce sens, le stress
est fondamental à l'adaptation d'un organisme.
Le syndrome général d'adaptation ; la réaction physiologique face à la
menace
Selon Eric (1994) ou encore Henri Laborit, les réponses comportementales
innées préservant l’intégrité de l’organisme face à la menace sont la fuite
et l’attaque. Ce sont deux moyens d’éviter la situation menaçante. Dans
cette optique, la réaction physiologique de stress est totalement adaptée à
la favorisation de telles réponses. En effet, les réponses physiologiques de
stress préparent l’organisme à la fuite, à l’attaque ou encore à l’endurance
de la situation menaçante.
Hans Selye est le chercheur qui a rendu populaire la notion de stress
physiologique. Il a pu montrer que lorsque l’équilibre homéostatique est
perturbé par une demande environnementale, l’organisme réagit toujours par
une double réponse. La première est spécifique et correspond à une réponse
propre aux demandes environnementales, tandis que la deuxième est non
spécifique car elle est identique en toutes situations. Cette dernière est
une réponse innée et stéréotypée qui se déclenche d’elle-même dès que
l’homéostasie est perturbée. Ainsi peu importe que l’agent stressant soit
d’origine physique ou psychique, interne ou externe, objectif ou subjectif,
plaisant ou déplaisant, la réponse non spécifique, physiologique, humorale
et endocrinienne, sera toujours la même :
Le fait que l’agent (ou situation) que nous rencontrons soit plaisant ou
désagréable n’est d’aucune importance ; la seule chose qui compte c’est
l’intensité de la demande de réajustement ou d’adaptation.
Cette réponse non spécifique, Selye a pu l’observer au cours de ses études
médicales dans les années 20 (raconté dans Le stress de la vie, 1975). En
effet, Selye avait été frappé du fait que les diverses formes de réaction de
choc observées en clinique — le choc des brûlés, le choc septique, le choc
hémorragique, etc. — étaient toutes associées à des manifestations cliniques
identiques, à savoir :
• une réduction da la taille du thymus, de la rate et des ganglions
lymphatiques,
• des ulcérations gastro-intestinales,
• une augmentation de taille du cortex surrénalien,
• une diminution du nombre des lymphocytes dans le sang, ainsi que la
disparition totale des éosinophiles.
En 1936, Selye retrouva ces mêmes symptômes chez des rats à qui il avait
injecté des extraits placentaires et ovariens de vaches. À cette époque, il
conclut que ces extraits doivent contenir une substance nocive dérangeant le
receveur. Il va cependant s’apercevoir que la réponse organique sera
toujours la même quelle que soit l’injection. Selye va donc en conclure
qu’il existe une réaction non spécifique, toujours la même, de l’organisme
pour répondre à l’agression environnementale.
Selye va consacrer sa vie à l’étude de cette réaction non spécifique de
l’organisme à toute demande qui lui est faite. Dès 1950, il l’appellera le «
syndrome général d’adaptation » (SGA) ou encore « stress ».
Le SGA représente pour son auteur l’ensemble des réactions de défense de
l’organisme étant constant pour chaque individu. Ainsi chaque personne
posséderait un SGA plus ou moins fort et ainsi aurait une capacité
d’adaptation différente.
Trois grandes phases sont présentes dans le SGA : il y a tout d’abord la
phase d’alarme avec son choc et contre-choc, la phase de résistance et pour
finir la phase d’épuisement. Notez que les explications qui suivent sont
pondérées de recherches plus actuelles qui agrémentent le discours de Selye.
La réaction d’alarme
Cette première phase est aussi appelée « phase de choc ». En effet lorsque
nous recevons le « stimulus stressant » (ce qui nous stresse, l'événement)
notre corps est confronté à un choc. Notre organisme va tout faire pour
s'adapter à cette situation : cette phase correspond à la réaction par des
phénomènes généraux non spécifiques face à la présence d’une demande
environnementale d’adaptation à laquelle l’organisme n’est pas encore
adapté. La réaction d’alarme commence tout d’abord par un choc, un état de
surprise dû à l’agression, et qui altère l’équilibre fonctionnel. C’est un
état de souffrance généralisé et intense qui rend l’organisme encore plus
vulnérable à la demande d’adaptation qui lui a été faite. Cette phase peut
durer de quelques minutes à 24 heures.
Si le choc ne conduit pas à la mort, l’organisme peut se ressaisir et met en
jeu des moyens de défenses actives. C'est une réaction d'urgence à court
terme qui favorise la fuite ou la lutte, c'est-à-dire l'évitement de la
situation pathogène. La réponse endocrinienne et neurovégétative de cette
phase, appelée « réponse sympathique ou hypothalamo-sympathico-adrénergique
», peut être expliquée assez brièvement comme nous allons essayer de le
faire.
Tout commence au niveau de l’hypothalamus. Par le biais du système nerveux
sympathique, ce dernier stimule la médullosurrénale qui est la partie
centrale des glandes surrénales (sur les reins). Cette dernière déclenche
alors la sécrétion d’adrénaline et de noradrénaline. Pour plus de précision,
la médullosurrénale peut aussi être activée par le système nerveux à
différents niveaux autres que l’hypothalamus (région du cerveau située en
dessous du thalamus, qui est le centre nerveux qui commande les fonctions
vitales). En effet, le bulbe, la moelle, la voie réflexe (zone
sino-carotidienne, peau) ou encore le mécanisme humoral homéostatique (par
la surveillance du taux d’adrénaline circulant dans le sang), sont aussi
capables de stimuler la médullosurrénale (Jean Rivollier, sous la direction
de Le Scanff et Bertsch, 1995).
Il est à noter en outre que l’hypothalamus est, entre autres, en lien avec
le cortex (analyse cognitive et perceptive), le système limbique
(intégration de l’expérience et des réactions affectives), etc. Il y aurait
donc un lien entre la cognition, l’émotion, bref la perception d’une
situation et la réaction de stress. Cependant, Selye n’a pas été aussi loin
dans son développement en refusant l’importance de la perception de
l’individu dans la réaction de stress.
Comme nous l’avons dit précédemment, après activation, la médullosurrénale
se met en marche et produit l’adrénaline et la noradrénaline. Ces hormones
augmentent la pression artérielle, accélèrent notre rythme cardiaque et
notre respiration puis augmentent le taux de sucre dans le sang. À ce moment
là, nos pupilles se dilatent et on voit mieux. La mémoire et la réflexion
s’améliorent. Notre digestion est ralentie.
Ces dernières visent tout d’abord la mobilisation des stocks d’énergie par
les procédés de lipolyse (destruction des graisses) et glycogénolyse (mise
en circulation du glycogène de réserve, par hydrolyse) dans le but de
fournir une énergie suffisante aux muscles. En outre, au niveau des muscles
squelettiques, les catécholamines favorisent la dégradation du glycogène et
la production de lactate. Au niveau du cœur, les catécholamines augmentent
le débit cardiaque, la pression artérielle, le volume systolique, etc. Au
niveau circulatoire, les catécholamines favorisent l’apport en oxygène des
muscles au détriment des organes digestifs. Pour finir, les catécholamines
stimulent la libération d’hormones au niveau de l’hypothalamus pour
favoriser une reconstruction de l’énergie épuisée. Il est bien clair que la
production de catécholamines a encore beaucoup plus d’effets que nous n’en
avons mentionné. Nous avons dû cependant ne mentionner que les plus
importants.
En conclusion, on peut dire que la production des catécholamines par la
médullosurrénale vise la mobilisation puis la dépense de l’énergie dans une
réaction d'urgence à court terme (réaction ne dépassant pas quelques
minutes) qui favorise la fuite ou la lutte en permettant aux organes liés au
mouvement d’accroître leur fonctionnement.
La phase de résistance
Cette deuxième phase constitue l’ensemble des réactions non spécifiques
provoquées par un agent stressant qui persiste et auquel l’organisme s’est
adapté au cours de la phase de contre-choc.
Si le « stimulus stressant » persiste, notre organisme entame une phase de
résistance. Il va essayer de rassembler des ressources pour trouver un
nouvel équilibre. A ce stade, le stress est considéré comme bénéfique pour
notre organisme. Par exemple, si un enfant doit réciter un poème devant la
classe, il aura une poussée d’adrénaline. Ceci va améliorer sa mémoire et
stimuler sa pensée. Ce sera bénéfique pour lui. Par contre, s’il accorde
trop d’importance à ces conséquences, il va devenir plus nerveux, il aura
plus de tension, etc. Ce ne sera pas favorable pour lui.
La phase d’alarme est très coûteuse pour l’organisme et ce dernier se doit
de compenser les pertes d’énergie. Lors de la phase de résistance, la
résistance vis-à-vis de l’agent stressant est accentuée.
Au niveau endocrinien et neurovégétatif, cette phase de résistance peut
s’expliquer par l’activité de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénal, mis en
place dès la phase d’alarme : la sécrétion de corticolibérine ou «
corticotropin releasing factor » par les noyaux antérieurs et latéraux de
l’hypothalamus induisent une production de corticotropine (ACTH) par le lobe
antérieur de l’hypophyse (adénohypophyse).
La présence de plus ou moins d’ACTH dans le sang, va moduler quant à elle la
sécrétion de la corticosurrénale (couche périphérique de la glande
surrénale) consistant entre autres :
• d’hormones métaboliques faites de glucocorticoïdes (cortisol, cortisone)
destinées à mobiliser les réserves d’énergie sous forme d’hydrate de
carbone. Par l’activation d’enzymes, la glycémie va être augmentée. À forte
dose, les glucocorticoïdes sont anti-allergiques, anti-inflammatoire en
inhibant le système immunitaire pour diminuer les réactions du corps face à
l’endommagement des tissus.
• de minéralocorticoïdes (aldostérone et corticostérone) qui interviennent
dans l’homéostasie ionique en favorisant par exemple la conservation du
sodium dans le sang et les inflammations.
Par cette explication tributaire de la simplification, on voit donc bien que
le corps est en recherche d’une nouvelle énergie, combat les inflammations
possibles et cherche à renforcer ses manques notamment au niveau ionique. Il
vise donc une résistance optimisée face à la situation aversive.
La phase d’épuisement, les maladies de l’adaptation
En revanche, si le stress continue trop longtemps, l'organisme se fatigue.
La colère ou la dépression peuvent aussi apparaître. Le stress va non
seulement avoir des effets physiologiques, mais aussi psychologiques. Quand
la personne est face à une situation stressante, son comportement ainsi que
sa perception de l’environnement sont modifiés. Mais il ne faut pas oublier
que chaque individu réagit de façon différente face à une situation
semblable. Ce qui peut être véritablement stressant pour nous, ne peut être
que gênant pour quelqu’un d’autre. C’est notre façon de voir, de ressentir
un évènement qui le rend plus ou moins stressant. Il y a des incidents, des
situations qui sont considérées comme étant stressantes en général par la
plupart des individus.
Donc, si la demande adaptative persiste, il arrive un moment où l’organisme
n’est plus à même de pouvoir s’adapter à ce qui lui est demandé; il est
incapable de compenser les dépenses d’énergie, nos défenses immunitaires
faiblissent en nous rendant plus sensible aux agressions externes.
L’épuisement va se caractériser par un retour à la phase initiale de choc,
mais cette fois les phénomènes d’épuisement l’emportent sur la défense
active et peuvent conduire jusqu’à la maladie ou la mort.
L’épuisement provient du fait que l’organisme a dû fonctionner en surrégime
et que par décompensation il dysfonctionne. Le cœur, les artères, l’estomac,
les intestins ou les défenses immunitaires peuvent donner naissance à des
maladies telles que les ulcères, l’hypertension voire l’infarctus, l’asthme,
l’eczéma, le cancer, etc.
Le SGA a donc ses limites, des limites physiologiques qui font que
l’organisme ne peut pas aller au delà de ses forces. Cette affirmation
évidente est reprise par Holmes et Rahe (1963) qui montrent que la quantité
d’unité de changement a une influence sur la santé de l’individu. Ainsi,
pour 10 personnes comptant plus de 300 unités de changement en une année, 8
souffraient de problèmes de santé, comparativement à 3,3 pour des individus
ne dépassant pas le seuil des 150 unités de changements. On conçoit donc
bien avec les observations de Holmes et Rahe que le capital d’adaptabilité
n’est pas infini comme nous pourrions le penser et que chaque cause
provoquant une réaction de stress entame ce capital.
Deux exemples prégnants s’offrent à nous pour illustrer cette idée ; tout
d’abords l’affaiblissement du système immunitaire par le SGA et puis l’effet
du stress sur le cerveau. Comme on a pu le voir précédemment, le système
immunitaire est grandement affecté lors du déclenchement du syndrome général
d’adaptation. De nombreuses expériences sur l’animal et sur l’homme ont pu
montrer ce fait, et selon Baer et al., le cortisol en serait la conséquence.
Il y aurait donc une fragilisation de la réponse immunitaire et donc de la
défense de l’organisme face à des corps étrangers à l’organisme.
Selon Baer et al., le cortisol serait aussi la cause de modifications au
niveau du cerveau. En effet, le cortisol, produit par la corticosurrénale,
monterait jusqu’au cerveau par le sang pour se loger dans le cytoplasme de
nombreux neurones. Fort de ce propos, Steve Kerr et al., (IN : Baer) ont pu
montrer qu’un des effets du cortisol à l’intérieur des neurones était qu’il
permettait l’entrée d’un plus grand nombre de ions calcium (CA+). De cette
manière le cortisol pourrait permettre au cerveau de mieux réagir au stress.
Cependant, un stress chronique (dû à n’importe quelle demande) serait aussi
à la base d’atteintes contre le cerveau, car une surcharge de calcium à
l’intérieur de la cellule conduit à l’excitotoxicité, c’est-à-dire à la mort
du neurone par un processus combiné et sans fin de rentrée de calcium à
l’intérieur de la cellule, ce qui crée la libération de glutamate, ce
dernier favorisant la rentrée de calcium en dépolarisant le neurone, etc.
Par pression osmotique, la cellule se gorge d’eau et si les pompes ATP ne
peuvent résorber le surplus d’eau, alors c’est l’explosion. En outre, le
calcium stimule des enzymes internes à la cellule qui dégradent les
protéines, les lipides et les acides nucléiques de la cellule ! Inutile donc
de dire qu’un stress trop important fait vieillir prématurément le cerveau.
Mais les dégâts causés par le stress ne sont pas dus qu’au cortisol,
l’adrénaline peut aussi jouer des mauvais tours à l’organisme comme une
hypertension et des troubles cardio-vasculaires, des ulcères, etc. En outre,
l’asthme, l
Approche psychologique du stress
Avec l’approche biologique du stress, nous avons vu que lorsque l’organisme
doit s’adapter à une demande environnementale, le corps dispose
d’ajustements physiologiques non spécifiques répondant à cette demande. On
se rappelle que pour l’approche biologique du stress, il importe peu que
l’agent stressant soit d’origine physique ou psychique, interne ou externe,
objectif ou subjectif, plaisant ou déplaisant, puisque la réponse non
spécifique est toujours la même et que la seule chose qui compte c’est
l’intensité de la demande de réajustement ou d’adaptation.
Comme ont pu le remarquer maints chercheurs, les organismes ne réagissent
pas de la même façon lorsqu’ils sont confrontés aux mêmes évènements. Par
exemple, certains individus tomberont malades, alors que d’autres non
(Holmes et Rahe, 1963). Il y aurait donc des variables individuelles
rentrant en ligne de compte lorsqu’on parle de stress. L’approche biologique
a pu expliquer ces différences individuelles par le biais d’une capacité
d’adaptation différente chez chaque individu. Cependant, d’autres
expériences comme celle de Friedman et Rosenman avec leur pattern
comportemental de type A (1959) ont montré que ces différences individuelles
ne peuvent être expliquées seulement par une capacité d’adaptabilité
différente, mais aussi dans le fait que par un acte de pensée différent,
certains individus parviennent à moduler leur stress. De cette manière le
stress physiologique est diminué.
D’autres expériences, comme les effets du bruit sur l'exécution de certaines
tâches, montrent aussi l’importance de variables contextuelles. En effet, un
niveau sonore habituellement considéré comme stressant et perturbant peut
aider à maintenir un niveau de performance lorsque les sujets sont fatigués
comme a pu le montrer entre autres Broadbent (1971). L’approche biologique
est incapable d’englober une telle découverte puisque pour elle le contexte
n’est pas important. Les résultats prouvent malgré tout qu’il l’est.
En outre, comme ont pu le montrer Scott et Howard en 1970, « Certains
stimulus, en vertu de leur signification particulière pour certains
individus, sont susceptibles de ne provoquer des problèmes qu'à une partie
des personnes ; alors que d'autres stimulus, de part leur signification plus
largement partagée, provoqueront des problèmes à un plus grand nombre de
personnes ». Il y aurait donc aussi des variables socioculturelles lorsqu’on
parle de stress.
La relation de cause à effet stresseur => stress est donc remise en cause
petit-à-petit et on se rend compte qu’il faut ajouter quelque chose à
l’explication, c’est-à-dire la perception, au sens phénoménologique, qu’a
l’individu de la demande qui lui est posée. Les chercheurs sur le stress
vont alors aussi se pencher sur cette perception individuelle du stress en
cherchant à mieux comprendre sa construction, son mode de fonctionnements,
ses racines, ses effets sur l’organisme, etc.
Le traitement de l’information, l’approche cognitive du stress
Lazarus (1984) est un des leaders de l’explication psychologique, il est le
premier à montrer que le stress ne peut être envisagé par un simple lien de
cause à effet du type « stresseur => stress » mais qu’il y a un phénomène
perceptif dynamique et individuel qui est plus important que l’agent
provoquant le stress lui-même. Selye a d’ailleurs bien compris les manques
de sa théorie à ce niveau en disant à la fin de sa vie : « le stress, ça
n’existe pas, c’est une abstraction ». Par cette phrase, il tend à souligner
que l’agent stressant n’est pas celui objectivé dans la nature, mais plutôt
celui qui est perçu par l’individu. L’individu n’est donc pas passif, il va
rechercher activement des informations en donnant du sens à ce qui
l’entoure, en privilégiant certaines informations provenant de
l’environnement, tout en en oubliant d’autres. C’est ainsi qu’après des
années d’études du stress à partir d’un pôle uniquement biologique,
l’explication psychologique fait surface pour améliorer les manques de la
précédente.
Le traitement de l’information est constitué de plusieurs variables, comme
on a pu le voir précédemment : l’individualité, le contexte ou encore
l’approche socioculturelle de tel ou tel événement.
Pour faire court, on peut dire que le stress ici est « un état psychologique
issu de la perception d’un déséquilibre entre les attentes perçues et
l’autoévaluation de ses propres capacités à rencontrer les exigences de la
tâches ». Cette définition de Jacques Larue (sous la direction de Le Scanff
et Bertsch, 1995) montre que le stress est ressenti par l’individu lorsque
ce dernier ne se sent pas à la hauteur des demandes qu’il perçoit. Cette
définition n’introduit cependant pas toute la dimension quantitative du
stress, dimension modulée au niveau d’un traitement de l’information très
complexe dont nous allons essayer d’en comprendre au mieux les fondements.
Lorsqu’un individu est soumis à une demande environnementale, ce dernier
procède, souvent de manière inconsciente, à une évaluation cognitive
(cognitive appraisal). Lazarus et Folkman (1984) distinguent deux sortes
d’évaluation. Il y a d’abords l’évaluation de la situation même. Cette
première évaluation (primary appraisal) se fait à partir de caractéristiques
personnelles appelées ressources ainsi qu’à partir de la perception de
certains facteurs environnementaux. Cette évaluation est une première
ébauche de la situation telle qu’elle est perçue par l’individu. En second
lieu, une seconde évaluation (secondary appraisal) est faite par l’individu,
elle consiste en l’estimation de ses propres capacités à faire face à la
demande. Cette estimation se fait sur la base de différentes simulations
internes pour « faire face » (coping) au mieux à la demande. Après le choix
d’une stratégie, l’individu peut réévaluer la situation une nouvelle fois.
L’approche de Lazarus et Folkman inclut donc une dynamique cyclique en
intégrant un feed-back permettant au sujet de savoir si sa stratégie est
efficace. Ce concept est intéressant dans la mesure où dès le moment où le
sujet se croit capable de contrôler ou s’accoutumer à la situation qui
demande adaptation, alors cette dernière perd son effet perturbateur sur
l’organisme.
On constate que le traitement de l’information dans le cas d’une situation
stressante découle de plusieurs variables. Nous allons les expliquer
brièvement.
Les ressources personnelles
Les ressources personnelles contribuent à faire en sorte que chaque individu
réagisse différemment au stress. En s’appuyant entre autres sur Dorhenwend
et Dorhenwend (1974. In Paulhan et Bourgeois, 1991, p.34), on peut dire que
les ressources personnelles pour faire face à une situation de crise, sont
multiples. Citons-en quelques unes :
• Les seuils de perceptions psychologiques et biologiques ;
• l’intelligence, qui peut favoriser une évaluation plus approfondie autant
de la situation que de ses propres capacité à y répondre ;
• Les types de personnalité notamment entrevus dans les observations de
Matthews et al. (1982. In Spencer, 2000) ainsi que Holmes et Will (1985. In
Spencer, 2000). Ces auteurs montrent qu’il existe plusieurs types de
comportement ayant des buts d’existence fondamentalement différents. Ainsi
un comportement de type A serait caractérisé par un sentiment d’urgence, de
compétitivité et d’hostilité, alors qu’un comportement de type B serait
plutôt la recherche du temps libre, du plaisir, de la réalisation de soi,
etc. Ces types de comportement seraient responsables d’une évaluation
différente de la situation et de ses capacités individuelles. Le taux de
stress serait alors changé. D’autres pans de personnalité auraient en outre
aussi une influence sur la réaction de stress, comme c’est le cas avec
l’extraversion ou l’introversion (Dennebaker et Susman, 1986. Dennebaker et
O’Heron, 1984. In Spencer, 2000)), où les personnes ne pouvant parler de
leurs problèmes sont plus victimes de maladies ;
• l’état psychologique-physiologique (cognitif et émotionnel), qui interfère
énormément dans l’évaluation autant de la situation que de sa propre
personne. Ainsi une personne déprimée sera bien moins à même de faire une
double évaluation en sa faveur ;
• l’expérience passée, puissant modulateur de stress qui permet autant de
relativiser que de dramatiser la situation présente;
• Les croyances, dont des croyances irrationnelles (Albert Ellis, 1977,
1985, 1987. In Spencer. 2000) qui sont des « ouvertures à la détresse »,
parce que créant un stress supplémentaire. Ces croyances sont du type : «
tout le monde devrait m’aimer », ou encore « je devrais être le meilleur au
moins dans un domaine », etc. D’autres formes de croyance peuvent aussi
moduler notre stress, comme le fait de croire en Dieu, en la Science, en
l’Amour, etc. Ces croyances nous aident à supporter les aléas de
l’existence, ils fixent une base solide sur laquelle reposer dans un
environnement en perpétuel mouvement.
• Le lieu de contrôle ou « locus of control » est un sentiment
caractéristique différent chez chacun et relatif à la croyance irrationnelle
de maîtriser (lcd interne) ou non (lcd externe) son existence. Il paraît
bien évident qu’un lieu de contrôle interne est un puissant modérateur de
stress, tandis qu’un lcd externe favorise une réaction de stress exacerbée.
En outre, les individus disposant d’un lcd interne avec un haut degré
d’attente d’efficacité sont encore moins sujets au stress que ceux qui n’ont
guère confiance en eux.
• Le sens de l’humour, prédisposant celui qui en a une meilleure résistance
aux situations stressantes.
• etc.
Les ressources personnelles sont donc, comme on peut le voir, multiples. Ces
ressources sont toutes plus ou moins différentes pour chaque individu et il
se peut aussi que certaines ressources soient partagées plus que d’autres.
Pourtant, si l’on dressait le profil psychologique des ressources de chacun,
il y a de fortes chances pour que chaque individu soit différent des autres.
Cette différence pourrait être une explication de la diversité des réponses
en situation stressante.
Les facteurs environnementaux
Certains facteurs environnementaux sont pris en compte par l’individu,
d’autres non. Un autre individu pourrait tout à fait s’appuyer sur d’autres
indices situationnels pour donner sens à ce qu’il perçoit. En fait, tout
dépend de ce qui est prégnant pour lui. Ce qui fait sens pour l’individu
dépend de ses propres ressources personnelles.
Les caractéristiques de la situation, le soutien social perçu, les
influences socioculturelles, l’âge, le niveau socioculturel, la profession,
etc. peuvent être des classes d’indices utiles à l’individu pour son
évaluation de la situation.
Certains facteurs environnementaux servent d’indices presque chaque fois
qu’ils sont présents dans la situation qui demande adaptation, et ceci par
presque tous les individus. C’est notamment le cas de la prévisibilité et de
l’habituation :
La prévisibilité permettrait de réduire les effets du stress comme a tenté
de le prouver Weiss (1972) avec son expérience sur des rats. Dans cette
expérience la variable indépendante était la possibilité ou non de prévoir
une décharge grâce à un signal lumineux puis d’appuyer sur un bouton pour
arrêter cette décharge. La variable dépendant était la grosseur moyenne des
ulcères et il fut évident que les rats les plus touchés par des lésions
stomacales étaient ceux qui n’avaient pas été avertis à l’avance. Cependant,
d’autres études (Laborit) ont pu montrer que le fait d’être averti d’un
danger et de ne pas pouvoir agir sur lui était encore pire que le fait de ne
pas pouvoir agir sans être averti. Ainsi la prévisibilité est un modérateur
de stress pour autant que l’organisme se sente en mesure de contrôler
l’agent stresseur.
L’habituation, modérateur du stress, est un « terme désignant la diminution
progressive et la disparition d’une réponse normalement provoquée par un
stimulus lorsque ce dernier est répété. [..]. Le terme d’habituation
s’emploie pour une réponse inconditionnelle non apprise, telle que la
réaction d’orientation observée lorsqu’un stimulus nouveau apparaît dans le
champ perceptif » (Richard, 2002). Ainsi dans l’exemple d’un stress, la
chronicité de celui-ci désensibilise en partie l’organisme, ce qui permet
une approche moins stressante de l’agent provoquant le stress.
En conclusion, on peut donc dire que certains indices environnementaux sont
utilisés par tout le monde dès que c’est possible, tandis que d’autres
seraient en fonction d’un consensus moins largement partagé et dépendent par
exemple de la culture, de la profession, d’une certaine croyance, etc.
Les stratégies de coping et stratégies d’ajustement
Le mot « coping » vient du verbe anglais « to cope with » dont il faut
retenir la signification de « faire face à ». Selon Lazarus (1984), les
capacités à « faire face » ou « coping » correspondent à l’ensemble des
pensées et des actes développés par le sujet pour résoudre les problèmes
auxquels il est confronté et ainsi de réduire le stress qu’ils engendrent,
le coping vise donc la minimisation du lien stress-détresse. Le coping est
toujours présent lorsque l’individu a perçu une demande d’adaptation et
comprend beaucoup de processus autant conscients qu’inconscients.
Au niveau inconscient, nous pouvons citer les mécanismes de défenses
observés par Freud comme le déni, le déplacement, l’agressivité objectale,
l’intellectualisation, etc.
Les processus de coping conscients sont soumis aux lois de l’apprentissage,
on les appelle alors les stratégies d’ajustement au problème. Ces stratégies
sont constituées de trois grandes classes : les stratégies d’ajustement
axées sur le problème, axées sur les émotions et pour finir sur l’hygiène de
vie (Spencer, 2000).
Les stratégies d’adaptation axées sur le problème visent toutes la
diminution ou l’élimination du stress par un acte cognitif et comportemental
en agissant directement sur la source de stress. L’attaque, l’évitement, les
techniques de résolution de problèmes sont toutes des stratégies axées sur
la résolution du problème. Des fois cependant, le problème ne peut être
changé et il faut s’en accoutumer tant bien que mal. Les stratégies
d’adaptation axées sur les émotions peuvent rendre alors un grand service à
l’individu. Elles correspondent à une stratégie cognitive et émotionnelle
qui permet de diminuer, voire d’éliminer le stress en percevant la source de
stress différemment. La relaxation sous ses diverses formes (training
autogène, Jakobson-Wolpe, sophrologie, Yoga, méditation, oraison, etc),
l’humour, l’expression des émotions, la comparaison sociale, sont des
stratégies d’adaptation axées sur l’émotion. Pour finir, les stratégies
d’adaptation axées sur l’hygiène de vie favorisent la prévention à la
guérison. En pleine forme l’individu sera plus à même de supporter les
demandes environnementales.
Une approche cognitivobiologique du stress et sa fonction dans l’adaptation
L’explication biologique ne nous a paru pas suffisante pour expliquer un
concept aussi complexe que le stress. En effet, comme nous l’avons vu, une
telle explication n’inclut à aucun moment le psychisme de l’organisme qui
perçoit la situation selon certains cadres de pensée ; dans l’explication
biologique du stress la réaction de stress est directement liée à une
situation provoquant la stress, cette dernière tenant lieu de référant
objectif vis-à-vis du stress ressenti.
Cependant, comme on peut le constater par la suite même avec des procédés
aussi simples évolutivement parlant que l’habituation, la réaction de stress
est toujours fonction d’une demande perçue par l’organisme, et non en
fonction de la demande objective elle-même. Cette position est en accord
avec la pensée cognitiviste qui pense qu’entre la situation réelle et la
réaction de stress, il y a tout un traitement de l’information,
fondamentalement différent chez chacun, et qui serait capable de moduler le
stress ressenti.
Une autre limite de l’explication biologique a déjà en outre été mentionnée,
c’est le concept de non spécificité de la réaction de stress ; c’est une
réponse innée et stéréotypée qui se déclenche d’elle-même dès que
l’homéostasie est perturbée. Ainsi peu importe que l’agent stressant soit
d’origine physique ou psychique, interne ou externe, objectif ou subjectif,
plaisant ou déplaisant, la réponse non spécifique sera toujours la même. Si
l’on se souvient nous avions remis en doute cette non spécificité de la
réaction de stress pour deux raisons principales.
Premièrement le lien entre hypothalamus et cortex en plus du système
limbique laisse présager que ce n’est pas seulement la quantité d’adaptation
demandée (par le biais des émotions) qui est transmise à l’hypothalamus,
mais aussi la qualité de cette adaptation par une perception provenant du
cortex.
En deuxième lieu, plusieurs auteurs nuancent les travaux de Selye, et
mettent en évidence des patterns de réponses au stress présentants des
différences. Par exemple, Cox & Cox (1985. In Rivollier, sous la direction
de Le Scanff et Bertsch, 1995) observent des différences de réponse
sécrétrices d'adrénaline et de noradrénaline à diverses situations de
stress. Ils montrent également une sensibilité de sécrétion en fonction des
caractéristiques du travail telles que le mode de rémunération et la cadence
de travail. La conclusion de cette étude est que l'activation de
noradrénaline est en relation avec l'activité physique, les contraintes
psychologiques et les frustrations engendrées par les types de tâches, alors
que l'activation d'adrénaline est liée au sentiment d'effort et de stress.
Au niveau de l’explication physiologique, les conclusions de Cox et Cox sont
très intéressantes. En effet, noradrénaline et adrénaline, bien qu’ayant la
même fonction durant la phase d’alarme, n’ont pas le même potentiel de
transmission de l’information : l’action de l’adrénaline est une forme
atténuée de l’action noradrénergique. Ceci s’explique par une moins grande
sensibilité des récepteurs noradrénergique alpha pour l’adrénaline. Ainsi,
l’hypothèse que l’on peut faire ici est que le fait que la médullosurrénale
diminue la production de noradrénaline au profit de l’adrénaline, pourrait
conduire à une phase d’alarme diminuée avec les avantages que cela peut
apporter dans certaines situations.
Non spécificité de la réponse et objectivisme « contre-phénoménologique »,
sont donc les deux grandes critiques que l’on peut faire à l’explication
biologique et surtout l’explication de Selye.
La position cognitiviste quant à elle, n’a pas eu le même genre de
problèmes. Elle a eu cependant de la peine à relier le psychisme aux points
forts de l’explication biologique et c’est ainsi que l’on a pu voir des
définitions du stress excluants le pôle physiologique du stress, comme c’est
le cas avec la position de Jacques Larue (sous la direction de Le Scanff et
Bertsch, 1995) : « un état psychologique issu de la perception d’un
déséquilibre entre les attentes perçues et l’autoévaluation de ses propres
capacités à rencontrer les exigences de la tâches ».
Mais le stress, c’est aussi un état physiologique comme peuvent nous le
montrer de multiples exemples de la vie quotidienne. D’ailleurs des auteurs
tels que Selye ont pu montrer l’impact du stress sur le corps avec les
maladies dites « de l’adaptation ». De ce fait, on ne peut rayer le pôle
biologique du stress et l’on se doit de l’intégrer à une définition
englobante.
Si l’on regarde la littérature sur le stress, il y a eu relativement peu
d’essais entrepris pour relier précisément les deux explications. Nous
allons essayer d’en donner une comme hypothèse et qui rassemble ce que l’on
a vu depuis le début de ce travail :
Tout commence par la perception de la situation constituée d’un traitement
cognitif et émotionnel de l’information. Ce traitement de l’information est
constamment remis à jour.
Le pôle émotionnel du traitement de l’information est en relation avec
l’activation de la réaction de stress physiologique comme a pu le montrer
Cannon en observant qu’une émotion déclenchait la sécrétion de
catécholamines, provoquant ainsi la réponse immédiate du syndrome général
d’adaptation. Au niveau physiologique, l’émotion pourrait transmettre comme
information à l’hypothalamus, la quantité d’ajustement (adaptation) à
fournir.
Le pôle cognitif du traitement de l’information pourrait transmettre des
informations à l’hypothalamus sur la nature de la situation perçue. Ce
renseignement pourrait permettre par la suite une plasticité de la réponse
de stress en fonction de la situation.
Sans pour autant rentrer plus en avant dans les détails physiologiques- cela
prendrait trop de temps- l’apport principal de ce schéma est qu’il lie d’une
manière directe le traitement de l’information, cognitif et émotionnel, à la
réaction physiologique de stress. Réaction qu’il considère comme spécifique.
Pour ces deux raisons, le schéma s’écarte de la définition du stress faire
par Selye.
On a vu précédemment les avantages d’une réponse spécifique de stress : le
fait que la médullosurrénale diminue la production de noradrénaline au
profit de l’adrénaline, pourrait conduire à une phase d’alarme moins
violente. Ainsi la perception de certaines situations pourrait conduire à
une phase d’alarme moins violente.
Affinement du lien entre le stress et l'adaptation
Nous avons tenté jusqu’à présent de donner une définition globale du stress
comme une réaction psychique et physiologique résultant de la perception
d’une attente de l’environnement, cette attente demandant un effort
d’adaptation. À partir de cette définition, nous avons tenté de donner les
conclusions directes de l’implication de la réaction de stress dans
l’adaptation. La plus importante de ces conclusions était de dire que la
perception de l’individu tenait une place centrale dans le déclenchement
physiologique d’une réaction de stress. En allant plus loin, nous avons
suspecté que les effets du stress sur la performance étaient en partie le
résultat de modifications au niveau du traitement de l’information.
Empiriquement parlant, nous avons pu justifier cette position en montrant
qu’il existait des modulateurs psychologiques de stress (voir plus haut « le
traitement de l’information »), modulateurs qui avaient l’air d’avoir une
influence sur la réaction de stress, et par la même sur la performance.
Certaines théories, plus ou moins d’actualité, évoquant le lien entre le
stress et l’adaptation pourraient être mentionnées ici ; les théories de la
motivation, de l’interférence ou encore de la combinaison font partie de
celles-là. Ces diverses pensées, si elles ne sont pas toujours validées en
totalité par la Recherche actuelle, ont néanmoins le mérite d’ouvrir le
débat sur de nouveaux facteurs influencés et influençant le stress ainsi que
la performance adaptative.
La théorie de la motivation
Découlant principalement d’auteurs tels que Dewey, Toynbee, Cohen (1980. In
Daillard, 2002) ou encore Low et McGrath (1971. In Daillard 2002), cette
théorie stipule que la perception d’une situation stressante est un puissant
stimulant et conduit toujours à une motivation supplémentaire. Par là même,
la performance est améliorée. Ici, le stress est vécu comme un défi que
l’individu se fait un honneur de surmonter. Au contraire, un manque de
stress conduirait à une motivation diminuée.
Cette théorie nous paraît de premier abord très simpliste lorsqu’on parle du
lien qu’il y a entre le stress et la performance de l’adaptation. En effet,
un stress provoquant un supplément de motivation peut tout à fait être
observé chez des individus ayant un comportement de type A qui se
complaisent dans l’urgence. Cependant, qu'en est-il des individus ayant des
comportements de type B et qui ne sont en aucun cas motivés intrinsèquement
par des conditions stressantes pour effectuer une performance ? Il semble
bien clair que cela ne soit pas le cas.
En outre, le lien stress donc motivation supplémentaire ne fonctionne que si
l’individu a un haut degré d’attente d’efficacité (voir « traitement de
l’information ») qui le motive intrinsèquement à performer au maximum de ses
capacités.
La théorie de la motivation, malgré une validité douteuse, nous fait
cependant remarquer que la réponse de stress n’est pas le seul facteur
influençant la performance. Dès lors, si l’on veut étudier le lien entre le
stress et la performance adaptative, il faut avant tout trouver les autres
variables influençants elles aussi la performance. De cette manière, ces
autres variables ne constitueront plus des variables parasites si elles sont
prises en compte.
La motivation pourrait donc être un des multiples facteurs entrant en
interaction avec le stress et déterminant la performance. Pour des raisons
de scientificité, les chercheurs ont souvent substitué le terme « effort » à
celui de « motivation », ce premier étant observable et objectif par la
quantité d’énergie dépensée par l’organisme, mais dépendant directement de
la motivation.
La théorie de l’attente de Vroom (1964) stipule que l’effort consacré à une
tâche est fonction de trois variables.
Il y a premièrement « l’attente » qui est la conviction qu’un effort d’une
certaine intensité entraînera une certaine performance. Le sujet peut penser
qu’il n’y a pas ou peu de relation entre son effort et la performance qu’il
obtient. Son attente serait alors faible ou nulle.
Deuxièmement, « l’instrumentalité » qui est la perception des chances
d’obtenir la récompense escomptée si la tâche est réalisée.
Et pour finir, la « valence » qui correspond à l’importance que le sujet
donne à la récompense obtenue en cas de réussite.
Cette théorie, en décortiquant les raisons motivationnelles qui poussent un
individu à fournir un certain effort, sous-entend aussi que les sources de
stress inhibants la performance peuvent être multiples dans ce processus.
Tout d’abord avec l’attente : comme on vient de le voir, le sujet peut
penser qu’il n’y a que peu de rapport entre son effort et sa performance.
Dans ce cas, il a un degré d’attente bas. Pour nous, ce dernier correspond à
un manque d’attente d’efficacité tel que nous l’avons défini dans l’approche
cognitive du stress. Or nous avons vu que ce degré d’attente d’efficacité
était un puissant modérateur de stress. Bandura (1985. In Spencer, 2000) a
pu le prouver en démontrant que lorsqu’une personne se trouve en présence
d’objets qui lui font peur, un haut degré d’attente d’efficacité est
accompagné d’un faible taux d’adrénaline et de noradrénaline dans le sang.
Bandura n’est pas le seul chercheur à avoir pu montrer cet état de fait,
d’autres chercheurs, s’intéressants notamment aux compétitions sportives,
ont pu le montrer aussi.
Le « degré d’attente d’efficacité » ou « attente » est donc une variable qui
module tout à la fois le stress et la motivation. Ainsi, du moment qu’une
performance est entre autre fonction de ces deux variables, le degré
d’attente d’efficacité est doublement bénéfique.
Pour l’instrumentalité se pose le problème de l’incertitude, c’est-à-dire
lorsque le sujet n’est pas en mesure de savoir ses chances de réussite lors
d’une tache accomplie au mieux. Là aussi, ce facteur est constitutif en même
temps de la motivation ainsi que de la réaction de stress. En effet, si
l’incertitude provoque la démotivation, elle est aussi à la base d’une
réaction de stress exacerbée. Cela peut être expliqué simplement : nous
avons vu précédemment qu’un lieu de contrôle interne était capable de
modifier fortement le stress. En effet, les individus pensant que tout sur
terre est fondé sur le principe méritocratique- à chaque peine, son mérite
et sa récompense- sont moins à même d’éprouver du stress que les gens
comprenant que la principe méritocratique n’est pas entièrement vrai et
qu’il réside une grande part d’incertitude dans la réussite de nos actions.
L’incertitude, entrevue dans un lieu de contrôle externe, est donc un
facteur constitutif du stress et de la motivation, tout comme le degré
d’attente d’efficacité.
Pour finir, la valence, c’est-à-dire l’importance accordée à la récompense,
peut elle aussi conduire a un stress supplémentaire. En effet, que dire d’un
individu qui désire fortement un résultat (valence haute) tout en ne pensant
pas disposer des ressources nécessaires à la réussite de ce résultat ? Ce
type d'individu sera clairement soumis à une forte dose de stress.
On voit donc que les variables constitutives de la motivation sont aussi
toutes présentes dans l’explication de la réaction de stress. En outre,
selon la théorie de la motivation de Vroom et la définition du stress que
nous avons donné auparavant, stress et motivation sont fortement corrélés:
la démotivation est synonyme de stress dysfonctionnel et conduit à une
performance dégradée, tandis que la motivation est synonyme de stress
fonctionnel et conduit à une performance améliorée.
La théorie de l’attente de Vroom est donc complètement en accord avec la
théorie de la motivation. Cependant, le pôle motivationnel du stress, bien
que présent, n’est pas le seul, et ce dernier est plus que le découlant
automatique et unique de la motivation. Fort de ce propos, nous allons
continuer sur une théorie complètement différente qui pense que le stress
est contreproductif.
[modifier]
La théorie de l’interférence
Cette pensée stipule que le stress est contre-performant par le fait qu’il
demande du temps et de l’énergie pour lutter contre le stress par le biais
des stratégies de coping. De cette manière, cette même énergie et temps ne
sont pas utilisés pour résoudre la demande perçue par l’organisme (Daillard,
2002).
Si cette théorie de l’interférence paraît de premier abord douteuse, elle
introduit tout de même la notion d’énergie. Cette énergie, limitée, ne peut
être en aucun cas utilisée partout et en même temps. Le choix de l’organisme
pour mettre en place une stratégie de coping va de ce fait favoriser la
contre-performance.
Cette notion d’énergie, bien que présente sous une autre forme, est un
concept qui est déjà présent dans l’approche biologique du stress. En effet
si l’on se souvient, le corps durant la phase de résistance était beaucoup
plus endurant face au stimulus aversif, tout en étant beaucoup plus
vulnérable à une nouvelle phase d’alarme. Nous verrons plus tard avec le
modèle de Sanders (1983) que l’énergie disponible ou manquante pourrait
avoir un effet sur la performance adaptative.
La théorie de la combinaison
La brique centrale de cette théorie est constituée de la loi de Yerkes et
Dodson (1908). Ces deux chercheurs ont été les premiers à décrire la
relation quadratique entre le niveau d’activation et la performance dans une
tâche d’apprentissage.
L’étude de Yerkes et Dodson portait sur des souris soumises à des chocs
électriques d’intensité variable sur chaque erreur discriminative visuelle.
Les résultats montrèrent une moins bonne performance de rétention pour des
chocs électrique de faible ou forte intensité, les meilleures performances
des souris étant obtenues par des chocs d’intensité moyenne.
Cette relation dite en « U inversé » qui prédit que la performance la
meilleure sera atteinte par un niveau d’activation moyen, a été plus ou
moins bien commentée par maintes recherches qui tentaient d’expliquer ce
phénomène contre-intuitif. Ainsi certains chercheurs ont expliqué la
relation en U inversé par un changement de stratégies cognitives (Tyler et
Tucker, 1982 In Jean Rivollier. Sous la direction de Le Scanff et Bertsch,
1995) par le rétrécissement du champ attentionnel (Easterbrook, 1959. In
Jean Rivollier. Sous la direction de Le Scanff et Bertsch, 1995), etc.
Une des meilleures explications fournies pour expliquer la loi de Yerkes et
Dodson a été donnée avec la théorie de l’éveil de Scott (1966. In Daillard
2002). Cette théorie pense que le niveau d’éveil du cerveau détermine le
degré d’attention face à un stimulus. Ainsi l’éveil jouerait un rôle très
important dans le traitement de l’information et par là même dans la
performance. De la même manière que la loi de Yerkes et Dodson qui évolue de
manière quadratique, la théorie de l’éveil pense que seul un éveil moyen
permet une performance accrue. En revanche, un éveil faible ou fort
conduirait à une performance amoindrie.
Cette théorie de l’éveil peut paraître assez abstraite et contre intuitive.
Elle est basée cependant sur des études solides telles que celle de
Wilkinson (1963) qui a pu observer une relation quadratique entre
l’interaction du bruit et du manque de sommeil, et l’efficacité-précision de
temps de réaction.
Les résultats de cette recherche sont étonnants : le bruit, élément souvent
considéré comme stressant peut être autant bénéfique que perturbant selon la
fatigue du sujet. Pour le dire autrement, un sujet en forme et en présence
de bruit est moins performant que s’il était dans un environnement
silencieux. Par contre un sujet fatigué et en condition de bruit
environnemental sera beaucoup plus performant que s’il était dans un
environnement silencieux ! Cette expérience corrobore merveilleusement la
théorie de l’éveil de Wilkinson.
On a souvent vu la loi de Yerkes et Dodson se généraliser au stress et à la
performance. Mais tout comme la motivation, on ne peut pas dire que seul
l’éveil est constitutif du stress et de la performance de l’adaptation.
Le modèle énergético-cognitif du stress et de la performance de Sanders
(1983)
Le modèle énergético-cognitif du stress et de la performance de Sanders
(1983. In Davranche. 2003) présente les étapes et mécanismes du traitement
de l’information et a cet avantage qu’il prend en compte l’effet de l’effort
(dû à la motivation, c.f. la théorie de la motivation) et de l’éveil (c.f.
Wilkinson). En outre, le concept d’énergie (c.f. la théorie de
l’interférence) est repris.
Le modèle de Sanders (1983) est le résultat d’un conglomérat de deux
approches du traitement de l’information. La première est l’approche
computationnelle qui pense que la performance dépend de la qualité du
traitement de l’information, traitement effectué par une succession de
stades opérants des transformations de représentation (Sternberg, 1969. In
Davranche). Dans cette optique, Sanders crée le « modèle sériel discret »
(1980), modèle qui sera à la base de celui de 1983.
Le modèle sériel discret pense que le traitement de l’information est
constitué de 4 étapes :
1. À partir d’un stimulus de départ, le cerveau effectue un prétraitement de
l’information. À ce stade, c’est l’intensité du stimulus perçu qui est
dégagée ;
2. La deuxième phase du traitement de l’information correspond à
l’extraction des caractéristiques (qualités) du signal ;
3. Une troisième phase qui va consister dans le choix de la réponse en
fonction du stimulus ;
4. La dernière phase est un ajustement moteur face à une incertitude
temporelle.
La deuxième approche adoptée par le modèle de Sanders (1983) est l’approche
énergétique qui pense que la performance doit être expliquée en terme de
quantité de ressources allouées à une tâche.
A ce niveau Sanders reprend les trois mécanismes énergétiques de Mcguiness
et Pribram (1980. In Davranche, 2003) :
• a) l’éveil (mécanisme de base sous-tendu par le systèmes noradrénergique
(locus coeruleus) et sérotoninergique (Noyaux du Raphé)) est le mécanisme
énergétique permettant d’extraire les caractéristiques du stimulus
(qualité). L’éveil est plus ou moins activé selon l’intensité du stimulus
extrait à partir du prétraitement de l’information. Ce prétraitement est
activé lui-même par le stimulus. La fonction de l’éveil sur l’extraction des
caractéristiques peut être utile lorsque le stimulus perçu est dégradé ou
enfouit dans un brouhaha sensoriel. En effet, selon la pensée énergétique,
il augmente les capacités de l’extraction.
• b) L’activation (mécanisme de base sous-tendu par les systèmes
dopaminergiques (Locus Niger pars compacta) et cholinergiques (Noyau de
Meynert)) procure l’énergie nécessaire à l’exécution de la réponse (par les
biais des muscles) et de sa préparation. De ce fait, on peut dire que
l’activation détermine directement la performance.
• c) L’effort (mécanisme supérieur sous-tendu par le système peptidergique (ACTH,
Opioïdes)) qui coordonne l’éveil et l’activation afin que la qualité de la
réponse corresponde à l’intention initiale voulue. Il peut également aider
au choix d’une réponse si ce choix se fait à partir de plusieurs
alternatives. Comme on l’a vu précédemment, l’effort est sous-tendu par la
motivation de l’individu.
Pour que l’explication soit complète, un mécanisme d’évaluation est
important pour juger du fonctionnement approprié de l’éveil et de
l’activation. L’information utile à l’évaluateur provient de deux feed-back.
Le premier feed-back renseigne l’évaluateur sur l’état physiologique du
système. Il provient directement de l’éveil et de l’activation et il permet
de déclencher une action immédiate de l’effort en cas de déséquilibre entre
ces deux mécanismes.
Le deuxième feed-back renseigne l’évaluateur sur la performance cognitive ou
comportementale réalisée. Ce feed-back est comparé à la performance et à
l’état, obtenu par cette dernière, voulus par l’individu. Il paraît
vraisemblable que la performance idéale et l’état idéal voulus par
l’individu sont changeants et dépendent de nouvelles informations sur le
stimulus, de nouveau buts voulus, etc.
Lorsque le feed-back de la performance obtenue n’est pas jugé suffisante par
l’évaluateur, ce dernier active un peu plus l’effort. Celui-ci quant à lui,
active un peu plus l’éveil et l’activation puisqu’ils ne permettent pas
d’assurer une performance suffisante.
Nous avons vu jusque là le traitement de l’information de Sanders sans y
voir apparaître le stress. Nous y venons maintenant. Pour l’auteur de ce
modèle, le stress correspond à une sensation subjective désagréable au
niveau de l’évaluateur lorsqu'un déséquilibre énergétique ne peut être
compensé par l’effort. À partir d’une telle définition, nous pouvons
ressortir cinq causes principales de stress :
1. il y a un déficit en éveil qui ne peut être compensé par un effort (ex :
le sujet en privation de sommeil devant conduire sur l’autoroute de nuit) ;
2. il y a un déficit en activation qui ne peut être compensé par un effort
(ex : la maladie de Parkinson avec une dégénérescence précoce des neurones
dopaminergiques et ralentissement des fonctions motrices) ;
3. il y a une surstimulation du mécanisme de l’éveil qui ne peut être
enrayée par un effort (ex : le sursaut dû à une simulation sonore) ;
4. il y a une surstimulation de l’activation qui ne peut être enrayée par un
effort (ex : schizophrénie souffrant d’une hyperactivité des systèmes
dopaminergiques) ;
5. l’effort investi dans une tâche ne peut résoudre le problème posé (ex :
problème trop complexe par rapport à la motivation que l’on y prête).
Comme on peut le constater, Sanders a une vision très large de ce qu’est le
stress. Nous pouvons en outre constater que l’effet de la loi de Yerkes et
Dodson se fait ressentir, puisque le stress est autant dans la
surstimulation que dans la sous stimulation.
On comprend aussi dans cette définition de Sanders qu’un effort puissant,
provenant d’une motivation forte de l’individu, constitue une barrière
protectrice à beaucoup de situations de stress. Un effort puissant permet
une meilleure performance, d’où une meilleure adaptation au problème. A
noter pour finir dans ce modèle que ce n’est pas vraiment le stress qui
provoque un effet sur la performance, mais que c’est plutôt cette dernière
dans un rapport « performance perçue / demande perçue » qui, parce qu’elle
ne peut pas être améliorée tout en n’étant pas suffisante pour l’individu
(demande perçue), fait ressentir un stress au niveau de l’évaluateur ! Cette
conclusion pose le problème compliqué de la circularité de la relation
stress-performance.
Remise en cause de la linéarité de la relation entre le stress et la
performance
L’approche cognitiviste face à l’approche biologique a aussi posé ce
problème de la circularité des concepts de stress et de performance
adaptative. En effet, on se souvient que la définition cognitiviste du
stress était un état psychologique issu de la perception d’un déséquilibre
entre les attentes perçues et l’autoévaluation de ses propres capacités à
rencontrer les exigences de la tâche. Il nous apparaît maintenant très clair
que cette définition inclut le fait que le rapport performance / demande
influe sur le stress.
Dans le modèle cognitiviste du traitement de l’information la performance
prise en compte par l’individu se situe à deux niveaux :
1. premièrement, au niveau d’un feed-back vers le traitement de
l’information directement après un comportement adaptatif. Ce feed-back
exprimerait à l’évaluateur la nature et la quantité de la réponse à fournir
encore. Ici, l’on se rapproche du modèle de Sanders où le stress serait dû à
un rapport « performance perçue/Demande perçue » négatif.
2. deuxièmement, et c’est là le génie de l’approche cognitiviste, le stress
pourrait aussi être influencé par un rapport négatif entre la performance
attendue et la demande perçue, où la performance attendue correspondrait à
une évaluation de la performance future obtenue avec des stratégies de
coping choisies dans le présent !
Pour résumer, le stress proviendrait du fait que l’on ne se sente pas à la
hauteur de ce que l’on pense devoir faire pour être adapté. En outre, le
fait que l’être humain puisse se représenter dans le temps à partir du
présent pourrait faire en sorte qu’il ressente un stress dû à un événement
qui n’est pas encore arrivé (c’est le stress vu au deuxième) ou d’un
événement qui est déjà arrivé comme dans le stress post-traumatique.
D’un autre côté, le stress joue tout de même un rôle sur la performance de
l’adaptation, preuve en est toutes les études biologiques du stress. Selye a
pu montrer par exemple que la réaction de stress mettait l’organisme dans un
état tel qu’il favorisait la lutte et la fuite qui sont des manières
d’éviter une situation à laquelle on ne peut s’adapter. Or, éviter la
situation à laquelle on ne peut s’adapter et réussir à le faire, signifie
tout de même être adapté à son environnement.
Selye a pu de plus montrer que lorsque l’organisme ne pouvait éviter la
demande d’adaptation qui lui était faite, alors ce dernier accroissait sa
résistance à cette demande, ce qui montre encore le lien du stress avec la
performance adaptative.
En conclusion, il semble impossible de supprimer la circularité de concepts
tels que le stress et l’adaptation sans léser une des théories du stress. De
plus, est-ce vraiment utile de supprimer cette circularité et pouvons-nous
le faire ?
Stress et performance adaptative
Il semble que la circularité des concepts de stress et de performance
adaptative soit en partie la raison d’un manque de précision en ce qui
concerne le concept de performance de l’adaptation :
Ce concept de performance de l’adaptation est si englobant que nous pouvons
le retrouver dans toutes les situations de la vie et dans n’importe quelle
action de l’individu ; être performant signifie parfois être rapide,
d’autres fois être intelligent, d’autres fois encore savoir s’arrêter à
temps, etc. À partir de cela, discourir sur le lien entre stress et
performance adaptative paraît être une démarche illusoire car beaucoup trop
globale et complexe. En fait, il paraît difficile de vouloir tirer un lien
général entre stress et performance à partir d’une multitude de situations
aussi différentes les unes que les autres.
Hockey a pu montrer dans cette optique que la performance demandée était
différente selon la situation. De même, il a pu montrer que le lien entre le
stress et des performances spécifiques n’était pas toujours le même.
Le stress n’a pas la même influence sur les performances de vigilance,
d’attention de vitesse et de précision. Inutile donc de dire qu’un lien
général entre stress et performance est illusoire.
De plus, Hockey nous rend attentif avec son expérience que la provenance du
stress influe aussi sur la performance. Ainsi une situation stressante de
bruit n’aura pas le même effet sur la vigilance qu’un excès de travail.
Hockey nous montre donc qu’il existe différents stress spécifiques, de même
que des performances spécifiques et qu’il est illusoire de vouloir trouver
un lien général entre stress et performance.
Dans l’optique de Hockey, nous aurions donc dû préciser une situation
précise avec la définition des performances demandées spécifiques. De même,
le genre de stress auquel l’individu était soumis aurait dû être précisé. À
partir de là, nous aurions été en mesure de déterminer la relation exacte
d’une situation spécifique de stress sur certaines performances elles-mêmes
spécifiques.
Mais la spécificité des concepts de stress et de performance n’est pas la
seule raison qui empêche de trouver une relation entre eux deux ; au niveau
de la Recherche il existe aussi plusieurs problèmes qui empêchent la
découverte de liens stables entre stress et performance adaptative.
L’expérimentation ne peut pas par exemple vérifier la quantité de stress
ressentie par l’individu puisqu’elle n’influe que sur la situation
expérimentale elle-même. En effet, selon l’approche cognitiviste, toute la
dimension perceptive de chacun ne peut être contrôlée expérimentalement. De
plus cette perception sera différente pour chacun ce qui fait qu’à situation
expérimentale égale, les gens ne seront pas stressés de la même manière.
En outre, la condition expérimentale, par mesure éthique, ne peut
normalement se permettre de pousser l’individu dans ses plus profonds
retranchements et de créer chez lui un stress. En effet, créer de la
souffrance chez quelqu’un n’est moralement pas acceptable. Inutile donc de
dire que l’étude du stress se doit de marcher sur des œufs et ne peut faire
n’importe quoi.
Pour finir, le stress étant un concept très à la mode depuis Selye, chaque
individu à une conception spéciale de ce qu’est le stress et de sa relation
avec la performance. On a vu en effet au début de ce travail que les
individus pensaient pour la plupart que le stress était un élément
perturbateur dans l’amélioration de leur performance. À partir de là, des
théories implicites peuvent apparaître et biaiser les résultats
d’expériences étudiants le stress et la performance adaptative.
Ainsi, la relation entre le stress et performance adaptative est difficile à
étudier par le simple fait que les concepts sont trop globaux, qu’ils sont
éthiquement compliqués à étudier, qu’ils sont pris en compte dans des
théories implicites et plus généralement perçus différemment par chacun. À
partir de là, il semble illusoire de construire une théorie du stress et de
l’adaptation. Cependant, la voie de Hockey pourrait constituer une voie
possible en fractionnant les concepts. En effet, elle permettrait une
approche beaucoup plus fine des différents stress et performances. De plus,
elle éviterait mieux les écueils de théories implicites.
La non spécificité du stress
La notion de stess peut se définir comme un enserrement/strangulation de l'invidu
par le développement de peurs successives. L'émotion peur ne peut provoquer
que des maux de stress aigu, psychologiques (syndrome de stress
post-traumatique) ou somatiques avec une gamme restreinte d’expression : il
s’agit essentiellement de maladies cardiovasculaires liées au spasme
vasoconstricteur (angor spastique, infarctus, ictus cérébral, poussée
hypertensive) et de lésions gastriques (ulcère de stress). En 2005, une
étude reprenant plus de 2000 articles médicaux reconnaît l’importance du
stress chronique dans la genèse de multiples affections.
Un concept de laboratoire
La peur engendre la réaction émotive de l’amygdale, assez sommaire, qui se
limiterait aux options de fuite ou de combat. L'inhibition de l'action peut
être le facteur déclenchant de désordres neuro-psycho-immulogiques prolongés
conduisant à des pathologies multiples, qui pour l’instant n’ont aucune
spécificité. Mais le dogme fuite/combat comme solution à la confrontation en
cas de peur est-il juste ? La trilogie anglosaxone fright/fligt/fight que
l’on pourrait transcrire en français par frayeur/fuite/affrontement serait
l’unique réaction biologique de l’animal en situation de stress ou devant un
stimulus menaçant. Comme son nom semble l’y prédestiner, Laborit fut avant
tout un génie de Laboratoire. Son expérimentation se réalise avec des rats
d’élevage enfermés dans des cages, ce qui est loin de la condition de
l’animal sauvage dans la nature. Si pour la santé/survie d’un animal en cage
(ou d’un homme !) il est permis de faire l’éloge de la fuite (physique ou
spirituelle), tout observateur de la vie animale sauvage libre sait que le
scénario naturel est tout autre. La réaction habituelle d’un grand nombre
d’espèces animales est l’immobilisation ou le mimétisme dissimulateur,
souvent favorisé par la peur qui décolore les téguments. Le malaise vagal
humain, encore si fréquent à notre époque, déclenché par la vue du sang ou
une sensation aiguë de douleur, semble un réflexe sympathique vestigial de
la protection qu’offrait cette immobilité et cette pâleur lors de l’attaque
des ours, compagnons fréquents de l’homme des cavernes !
Irréversibilité des évènements stressants
Si la crainte est la source principale de l’inhibition de l’action et de la
mise en mots, l’éloge de la fuite comme solution, proposée par Laborit,
reste du domaine de l’utopie. En effet l’homme peut-il toujours modifier le
cours des évènements par son action ? N’existe-t-il pas des situations dans
lesquelles aucune action physique n’est possible, des modifications de son
environnement auxquelles l’homme ne parvient pas à s’adapter, non pas parce
qu’il est inhibé, mais parce qu’il existe une impossibilité réelle d’action
: soit l’être humain n’a jamais vécu ni connu une telle situation à laquelle
il n’a pas appris à faire face ou à répondre, soit il existe une
irréversibilité de certaines situations qu’aucune action humaine ne pourra
modifier ou faire revenir à un état antérieur. Il est évident que la mort
est un évènement jusqu’alors irréversible, sauf pour un certain Jésus
d’après les Evangiles, et que nous n’avons personnellement aucune
possibilité de faire ressusciter l’un de nos proches qui vient de mourir. La
mort d’un être cher ou sa séparation font partie de la liste des situations
énumérées par Jacques Salomé dans sa recherche du sens de nos maux.
Bien d’autres événements de la vie ont ce caractère d’irréversibilité mais
ils sont moins dramatiques : un divorce, un déménagement, un licenciement,
le départ d’un enfant de la maison… possèdent souvent cette irréversibilité
pour laquelle l’homme ne peut que subir. Ces événements de vie ont fait
l’objet d’une évaluation scientifique reconnue par le monde médical, dans
une échelle cotée, dès 1967, par une équipe américaine, effectuée sur un
large échantillon de militaires, montrant un risque de maladies qui augmente
à partir d’un certain score atteint par l’individu.
Echelle de pondération des éléments de la vie (d’après Holmes et Rahe, 1967)
Mort du conjoint 100 Divorce 73 Séparation conjugale 65 Emprisonnement 65
Décès d’un proche parent 63 Blessure ou maladie physique 53 Mariage 50 Perte
d’emploi 47 Réconciliation conjugale 45 Retraite 45 Maladie du conjoint 44
Maladie d’un proche 44 Grossesse 40 Naissance 39 Arrivée d’un nouveau membre
dans la famille 39 Modification de la situation financière 38 Mort d’un ami
intime 37 Changement de travail 36 Modification du nombre de disputes avec
le conjoint 35 Modification de responsabilités professionnelles 29 Départ de
la maison d’un enfant 29 Difficultés avec la belle famille 29 Début ou arrêt
de travail du conjoint 26 Début ou fin de scolarité 26 Changement dans les
conditions de vie 25 Changement des habitudes personnelles 24 Conflits avec
employeur 23 Déménagements 20 Changement des loisirs 19 Changement des
activités sociales 18 Changement dans les habitudes de sommeil ou repos 15
Changement du nombre de personnes vivant dans la famille 15 Petites
infractions de la loi 11
La majorité de ces événements de vie, surtout ceux situés en haut de
l’échelle, les plus puissants, correspond à des situations nouvelles
auxquelles l’homme doit s’adapter. Or, cette nécessité d’adaptation aux
modifications de l’environnement est corrélée à la notion de stress.
L’inconvénient majeur du concept de stress est sa non spécificité, car le
type de l’agent stressant n’a encore jamais pu être relié à un type
particulier de maladie, ni même à son déclenchement qui reste très variable
d’un individu à un autre. D’autres facteurs doivent être pris en
considération avec, d’un côté les qualités psychologiques et biologiques de
résistance au stress de l’individu et, de l’autre les caractéristiques de la
situation stressante : intensité, dimension, durée, soudaineté,
imprévisibilité, nouveauté… Il est évident que la mort anticipée d’un
proche, alité depuis plusieurs mois à cause d’une grave maladie, n’engendre
pas le même stress qu’une mort subite sans signes annonciateurs. Il est
aussi manifeste qu’un deuil vécu dans un entourage familial affectif, avec
un rituel social respecté, risque d’être moins stressant que le deuil d’un
proche qui s’est suicidé sans laisser de raisons à son acte. La médecine
aura beau progressé, elle sera toujours incapable de mesurer réellement
l’intensité et la qualité d’un événement stressant dont le ressenti est
toujours subjectif. A noter que dans l’échelle de stress de Rahe, le mariage
suit de près le divorce en intensité de stress. Cela s’explique par le fait
que le stress est un stimulus de désadaptation, comme pouvait l’être un
mariage dans les années 60, car les époux quittaient leur famille, leurs
amis avec à la clé un déménagement lointain selon les mutations de l’Armée
(à l’époque et dans ce milieu plutôt conservateur, le mariage à l’essai ou
la cohabitation prénuptiale n’étaient pas à la mode !).
Un stress vital
L’être humain a été doté au cours d’une évolution portant sur quelques
millions d’années de mécanismes neurobiologiques lui permettant de s’adapter
à toutes les modifications de son environnement, qu’elles soient physiques,
sociales et/ou psychiques. Comme l’a démontré Claude Bernard, l’organisme
vivant doit maintenir son équilibre interne (homéostasie) en mobilisant
l’énergie utile aux processus d’adaptation. Cette adaptation est nécessaire
lors des variations de l’environnement, en particulier vis-à-vis des stimuli
d’agression physiologique et psychologique. C’est cette réponse aux stimuli
qu’on nomme désormais stress. L’homme vit en état permanent de stress,
stimulation nécessaire aux rythmes biologiques.
Mais si un certain niveau de stress est nécessaire à la vie, le dépassement
d’un certain seuil peut devenir dangereux voire fatal, s’il outrepasse les
capacités d’adaptation de l’organisme, d’où l’apparition de maladies qui
peuvent être rapidement mortelles. Cette relation stress/maladie apporte
bien une nouvelle dimension à l’approche médicale classique. Les travaux de
Hans Selye Physiologie et pathologie de l’exposition au stress ont fait de
ce concept le nouveau « malaise dans la civilisation » et ont suscité
maintes recherches surtout dans les pays anglo-saxons.
Actuellement le stress est le seul concept médical, admis par la communauté
scientifique, qui fait un pont entre le psychisme et les maladies somatiques
via les réactions neuro-hormonales. Cette réaction démontre la participation
du cerveau dans la genèse des maux du corps. Le Professeur J. L. Dupond,
l’un de mes Maîtres, Chef du Service de Médecine Interne du CHU de Besançon,
est l’un des pionniers français qui a mis en exergue le rôle du stress. Dès
1987, il écrivait que « la médecine moderne a rassemblé en quelques années
suffisamment d’arguments cliniques, biochimiques, neurophysiologiques et
immunologiques pour accorder à l’immunopsychopathologie le droit de naître…
» (se reporter à sa publication, placée en appendice). Le Professeur Dupond,
s’appuyant sur de multiples travaux internationaux, attirait l’attention du
monde médical, jusqu’alors sourd, sur l’action du stress. Il montrait son
influence sur l’équilibre immunitaire, avec son intervention dans certains
processus d’immuno-suppression, expliquant la survenue de diverses
infections, dans les allergies ou dans certaines maladies auto-immunes
(maladies de système), voire dans les cancers. L’adaptation de l’organisme à
l’environnement extérieur est en effet sous le contrôle de trois systèmes
d’intégration qui assurent l’homéostasie interne : ce sont les systèmes
nerveux, endocrinien et immunitaire. Le premier permet la transmission de
signaux de type électrique modulés grâce à des neuromédiateurs ; le second
utilise des messagers moléculaires ou " hormones " qui circulent et
transmettent une information spécifique à distance ; le troisième transmet
des messages grâce à des cellules qui circulent dans l’organisme et
produisent localement des molécules actives, les "cytokines " et les
anticorps.
Le stress au travail
Le stress est très souvent présent dans le cadre de la vie professionnelle.
Parfois, les entreprises exigent beaucoup de leurs cadres. Ceci va provoquer
une situation de stress, de pression. Beaucoup de gens se plaignent d’être
stressés au travail. Il a un grand nombre de raisons pour stresser au
travail : des clients impossibles, un patron trop exigent, des collègues
affreux, des commérages au bureau, des délais trop courts, etc.
Il y a des personnes qui aiment la poussée d’adrénaline au travail. Cela les
stimule, leur redonne de l’énergie d’être confrontées au stress ; elles se
sentent revitalisées. Néanmoins, ce n’est pas le cas de tout le monde.
Certains se sentent plutôt abattus et ceci est peut être dû au stress dans
le cadre du travail. Voilà quelques signes qui exposent la situation de ces
derniers :
• Irritabilité, fatigue, difficulté à se concentrer, perte du sens de
l’humour.
• Ils tombent malade plus souvent, accordent moins d’importance à leur
travail.
• Ils sont impliqués dans plus de disputes que d’habitude.
• Ils arrivent à faire moins de choses, éprouvent peu d’intérêt pour leur
vie en dehors du travail.
• Ils ont du mal à se lever tôt les jours de semaine.
Les limites du concept de stress
Le mot stress décodé concerne un enveloppement extensif par des peurs
successives. La peur ne peut provoquer que des maux de stress aigu,
psychologiques (syndrome de stress post-traumatique) ou somatiques avec une
gamme restreinte d’expression : il s’agit essentiellement de maladies
cardiovasculaires liées au spasme vasoconstricteur (angor spastique,
infarctus, ictus cérébral, poussée hypertensive) et de lésions gastriques
(ulcère de stress d’origine sympathique). En 2005, une étude reprenant plus
de 2000 articles médicaux reconnaît l’importance du stress chronique dans la
genèse de multiples affections.
La peur engendre la réaction émotive de l’amygdale, assez sommaire, qui se
limiterait aux options de fuite ou de combat. L'inhibition de l'action peut
être le facteur déclenchant de désordres neuro-psycho-immulogiques prolongés
conduisant à des pathologies multiples, qui pour l’instant n’ont aucune
spécificité. Mais le dogme fuite/combat comme solution à la confrontation en
cas de peur est-il juste ? La trilogie anglosaxone fright/fligt/fight que
l’on pourrait transcrire en français par frayeur/fuite/affrontement serait
l’unique réaction biologique de l’animal en situation de stress ou devant un
stimulus menaçant. Comme son nom semble l’y prédestiner, Laborit fut avant
tout un génie de Laboratoire. Son expérimentation se réalise avec des rats
d’élevage enfermés dans des cages, ce qui est loin de la condition de
l’animal sauvage dans la nature. Si pour la santé/survie d’un animal en cage
(ou d’un homme !) il est permis de faire l’éloge de la fuite (physique ou
spirituelle), tout observateur de la vie animale sauvage libre sait que le
scénario naturel est tout autre. La réaction habituelle d’un grand nombre
d’espèces animales est l’immobilisation ou le mimétisme dissimulateur,
souvent favorisé par la peur qui décolore les téguments. Le malaise vagal
humain, encore si fréquent à notre époque, déclenché par la vue du sang ou
une sensation aiguë de douleur, semble un réflexe sympathique vestigial de
la protection qu’offrait cette immobilité et cette pâleur lors de l’attaque
des ours, compagnons fréquents de l’homme des cavernes !
Si la maladie est programmée, elle a un but ! Le premier est la survie à
court terme de l’individu qu’il faut sauver d’une mort prochaine, vers
laquelle l’entraîne une intensité de stress trop élevée engendrée par une
forte émotion, l’hémorragie d’un ulcère gastrique ou sa perforation (avec
péritonite entraînait la mort il y a un siècle). La pulsion de vie du
cerveau primitif prime et l’évolution a sélectionné les maladies comme un
programme permettant d’échapper à une mort subite par stress violent. Ainsi
la maladie ne résulterait pas de la réaction appelée stress sauf exceptions
citées, mais au contraire serait un programme interne de sauvegarde vitale
de l’individu ! Cette thèse est défendue par des praticiens en marge de la
médecine officielle, dont les théories sont parfois hasardeuses, mais qui
ont le mérite d’ouvrir de nouvelles voies de réflexion, telles celles du Dr
Claude Sabbah lors de ses conférences de « Biologie totale ». Comme j’ai
tenté longuement de l’expliquer le fusible qui court-circuite la réaction de
stress mortelle est l’hippocampe, qui permet chez l’homme une décharge de
l’énergie spécifique aux codons de l’émotion. Les maladies sont bien liée à
des agents stressants, mais elles sont la solution adaptée spécifique de l’hippopocampe
D pour éviter la mort par une intensité de stress trop importante.
Même lors de situations moins dramatiques, où le stress ne porte pas ce
spectre mortel, la maladie peut devenir un avantage sélectif. Comme l’écrit
Jacques Salomé, « la maladie dans ses multiples fonctions peut jouer un
double rôle dans les dynamiques de terrorisme relationnel. Elle peut être
une arme et une défense stratégique. Elle sera aussi un moyen défensif
contre le terrorisme relationnel de l’autre par la possibilité qu’elle donne
de refuser sans avoir à se confronter. « Tu sais bien qu’avec mon dos
douloureux, je ne peux plus voyager, comment veux-tu que je t’accompagne
chez ta mère ? ». Terrorisme sur soi contre terrorisme de l’autre, les
maladies ont aussi cette fonction de proposer un moindre mal dans une
relation trop asymétrique... Le nerf du terrorisme sera la peur. Sa
puissance est liée à la rencontre et à la combinaison de deux peurs, la
mienne et celle de l’autre. » Elargissons ce terrorisme à la crainte plus
sournoise, devenue inconsciente et nous aurons défait le nœud des maux. Le
stress traduit l’effort d’adaptation de l’organisme aux variations de
l’environnement, il est un stimulus physiologique jusqu’à un certain seuil,
variable selon les facultés du sujet à modifier son comportement, variable
selon l’expérience de chaque individu. Au-delà, il traduit une désadaptation
pathologique que Selye nomme distress par opposition à eustress.
tiré du Livre des éditions du Dauphin juin 2006 Entendre les mots qui disent
les maux Auteur Christian Dufour
Statistiques
Voici maintenant quelques statistiques tirées du livre « gérer son stress »
pour les nuls de Allen Enking:
Il existe, aux États-Unis, un institut et des métiers de sécurité et de la
santé, le NIOSH (National Institute for Ocupational Safety and Health).
Celui-ci a réalisé le classement ci-dessous. Il a regardé dans les fichiers
des hôpitaux et défini quels gens (appartenant à des professions précises)
avaient le plus de symptôme liés au stress.
:La liste gouvernementale des 10 jobs les plus stressants
1. Ouvriers
2. Secrétaires
3. Inspecteurs
4. Managers
5. Opérateur de machines
6. Techniciens de laboratoire cliniques
7. Chefs de bureau
8. Contremaîtres
9. Serveur/euse
10. Propriétaires fermiers
La liste suivante a été élaborée d’après des informations remises par deux
organismes américains, le National Institute on Workers Compensation et
L’American Institute of Stress.
:La liste des 10 jobs les plus stressants des instituts
1. Instituteur/trice des écoles urbaines
2. Officier de police
3. Mineurs
4. Contrôleurs de trafic aérien
5. Interne des hôpitaux
6. Courtier en valeurs mobilières
7. Journaliste
8. Personnel des services clients/réclamation
9. Serveuses
10. Secrétaires
________________________________________
Un chercheur californien examine scientifiquement, depuis des années, le
stress professionnel. Il a découvert deux facteurs importants dans le
travail :
- La latitude de décision : le contrôle qu’un travailleur a la sensation
d’avoir sur ce qu’il fait. - Les exigences psychologiques : les exigences et
pressions du travail.
« Un job à "haute tension" est un job où les exigences du travail sont
fortes, mais où le contrôle du travailleur est faible. »
:La liste scientifique des jobs les plus stressants
1. Serveurs/euses
2. Ouvrier sur chaîne de montage
3. Assistants soignants
4. Ouvriers de l’industrie du vêtement
5. Perforatrices
6. Opérateurs de téléphone
7. Caissiers
8. Typographes
________________________________________
Ces trois listes sont trois points de vue différents. Après avoir lu la
première liste, on peut être surpris . On se dit que ce ne sont pas des
métiers particulièrement stressants. Quand on parle de job stressant à
quelqu’un, il pense le plus souvent à des professions plus excitantes, comme
officier de police, pompier, ambulancier, des personnes qui travaillent dans
la bourse, etc. Le livre nous donne une explication possible toute simple :
peut-être n’y avait-il pas beaucoup de policiers et de gens exerçant ces
métiers dans cet hôpital. On peut toutefois remarquer que la plupart des
jobs stressants sont ceux où les personnes sont constamment pressés, ou
alors des métiers trop exigeants.
Nous constatons que les serveurs et serveuses sont ceux qui apparaissent sur
les trois listes. Nous pouvons donc en déduire qu’ils ont le job le plus
stressant. Effectivement, ils sont toute la journée debout, en train de
courir, de se dépêcher. Lorsqu’il y a beaucoup de monde dans le restaurant,
ils sont d’autant plus stressés. Les clients s’impatientent souvent. Les
serveurs doivent faire tout leur possible pour les servir rapidement.
D’autant plus qu’il y a des clients qui rouspètent, qui n’arrivent pas à se
décider rapidement, qui veulent être servis plus rapidement, qui ne sont pas
contents.
: Ces professions sont moins exigeantes et sont plus contrôlées.La liste
des jobs les moins stressants
1. Réparateurs
2. Chercheurs en sciences naturelles
3. Architectes
4. Programmeurs
5. Réparateurs de câbles électriques ou téléphoniques
6. Ingénieurs du génie civil
7. Bibliothécaires
8. Techniciens de la santé
9. Professeurs
Il n’existe pas vraiment de travail qui n’est pas stressant. Les personnes
exerçant ces métiers cités comme les moins stressants ne sont sûrement pas
du même avis. Je pense que tous les jobs nous donnent à un moment ou à un
autre des raisons pour stresser.
La première chose à faire pour mieux gérer ce stress, est de savoir d’où il
vient. Une bonne chose à faire est de noter les déclencheurs de notre
stress. Voici quelques sources du stress au travail : • Surcharge ou manque
de travail (trop ou pas assez de choses à faire).
• Trop ou pas assez de responsabilités.
• Insatisfaction du rôle ou des tâches actuelles.
• Mauvais environnement de travail (bruit, isolation, danger, etc.)
• Longues heures de travail, insécurité de l’emploi, voyages excessifs,
absence de pause.
• Espoir de promotion limité, salaire minable.
• Problèmes avec les clients, à cause du patron, avec les collègues ou le
personnel dirigé par la personne.
• Discrimination à cause du sexe, de la race ou de la religion.
• Un trajet éprouvant, intrigues politiques.
En second lieu, il faut se demander de quelle façon on peut éliminer ces
déclencheurs ou au moins les limiter. On ne peut pas toujours éliminer les
causes de notre stress ; dans ce cas, il faut faire un travail sur nous-même.
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• Antistress
• Stress & Burnout
• Stress: ansia, depression
• Stress and Dietary Magnesium
• (fr) La découverte d'un nouveau messager hormonal en rapport au stress :
une vidéo du canal Educatif à la Demande en partenariat avec l'Institut
Pasteur